Épisode #39 – Anabelle Cruse Bardinet, Château Corbin

Épisode #39 – Anabelle Cruse Bardinet, Château Corbin

Le Château Corbin, grand cru classé de Saint Emilion, est une véritable pépite que nous avons eu la chance de découvrir. Pour en apprendre sur Anabelle et sur le Château Corbin, vous pouvez découvrir une interview issue de votre podcast sur le vin préféré. Sans plus de transition, je vous souhaite une excellente écoute de cet épisode du Wine Makers Show.

On va parler d’énormément de choses, mais d’abord est-ce que vous pouvez commencer par vous présenter?

Je m’appelle Anabelle Cruse Bardinet et je suis à la fois propriétaire, oenologue, winemaker et responsable de Corbin.

Est-ce que vous pouvez nous raconter comment vous en êtes venue au vin ?

C’est très simple. Je crois que je suis née un peu dans le vin ou dans un vignoble, avec deux familles issues du monde du vin. Celle de mon père, les Cruse, dans le Médoc. Mon père était un agriculteur qui faisait à la fois du vin, élevait des vaches, des chevaux. J’ai été élevée toujours à la campagne, au milieu des vignes. La famille de ma mère était installée ici, rive droite, à Corbin et à Pomerol.

Du coup vous avez eu une enfance dans les vignobles ?

Une enfance de petite paysanne, on peut le dire. J’ai vécu au fil des saisons, en vivant des vendanges années après années. Et j’ai très vite eu envie de faire du vin. A 15 ans j’ai décidé que je voulais en faire mon métier. Ça m’a guidé tout le reste de ma vie, dans mes études. En fait, j’avais très envie de le faire de manière professionnelle, pas juste en arrivant et apprendre de manière ancestrale avec mes parents ou mes grands-parents. Donc j’ai fait des études d’œnologie à Bordeaux et j’ai continué avec un master gestion vin.

Est-ce que ce déclencheur à 15 ans a été brutal, ou est-ce que vous avez toujours été intéressée par le vin ?

Je crois qu’il y a eu véritablement un déclencheur. Je posais de plus en plus de questions parce que ça m’intéressait et que j’étais consciente que c’était une partie de mon patrimoine. J’avais cette notion d’une personne qui s’occupe d’un cru, d’une vigne, et qui est un passeur dans la vie. J’avais très vite pris conscience que j’aurais cette place de passeur. Et quand je posais des questions, je trouvais souvent que les réponses manquaient de beaucoup de précisions. Alors on ne sait jamais si les réponses manquent de précisions parce que finalement, dans une famille qui baigne avec des racines comme les miennes, on parle tout le temps du vin, et en même temps on n’en parle jamais. Et moi j’aime les choses précises, et les réponses à mes questions ne me satisfaisaient pas. Du coup, c’est vrai, je pense que j’ai eu ce déclenchement à 15 ans, en disant “j’en ai marre de ces réponses floues, donc je vais aller chercher de la connaissance”.

Château Corbin - Grand cru classé Saint Emilion

Quelle a été la réaction de vos parents à ce moment-là ? Est-ce qu’ils étaient plutôt contents, fiers, ou ils se sont dit “ça ne sert pas à grand-chose, autant rester ici et apprendre sur le tas” ?

En fait, je n’ai aucun souvenir de ça, de leur réaction. J’ai deux sœurs aussi. Je sais juste qu’ils m’ont élevée en me disant qu’il était impératif d’avoir une formation, quoi qu’on fasse après. Il n’était pas question de ne pas se former pour faire quelque soit le métier que l’on décide.

Vos deux sœurs sont aussi dans le vin ?

Une est dans le vin, oui, alors qu’elle a une formation d’architecte. L’autre est agricultrice, elle élève des vaches, et elle a une formation un peu agricole et environnementale.

A partir de 15 ans, vous arrivez dans cette formation: à quoi ça consiste ? Et est-ce que ça a répondu à vos attentes ?

En fait non, j’ai continué à 15 ans mes études normales jusqu’au bac. Ensuite, j’ai suivi la voie classique pour faire un diplôme d’oenologie: le DNO à la fac de Bordeaux et enchaîné ensuite à Bordeaux Sciences Agro un master. Et j’ai commencé à travailler.

Ça répondait justement à vos attentes de précisions, de découvertes ?

Le diplôme d’oenologie oui, beaucoup, tout à fait. Vraiment. Ca me faisait complètement rentrer dans le monde du vin: comprendre comment on faisait du vin par la chimie du vin, l’équilibre du vin. Ensuite, j’ai voulu compléter avec une formation de gestion, parce que je savais que je n’aurai pas juste le plaisir de faire du vin, mais qu’il fallait aussi avoir le plaisir de le gérer.

On arrive à un moment où vous êtes diplômée, après cinq ans d’études, vers 22/23 ans. Qu’est-ce qu’il se passe à ce moment-là?

J’ai un job qui s’est déroulé à la suite d’un stage, le plus naturellement du monde. J’étais super contente. C’était à Branaire-Ducru, à Saint-Julien dans le Médoc, avec Philippe Dhalluin. J’ai adoré! J’ai beaucoup appris. Il s’occupait de Branaire, qui venait d’être repris par un groupe important ; une propriété rachetée donc en pleine restructuration. C’était passionnant. Il m’a tout appris je pense, beaucoup, les bases du métier. Un premier job passionnant. Puis j’ai eu l’envie de partir en me disant que je n’allais pas quitter Bordeaux et que la vie avançait presque trop vite sans que j’ai pu aller vivre un tout petit peu à l’extérieur de tout ce monde bordelais. Donc j’ai quitté ce job et je suis partie une année sabbatique, six mois passés en Inde, à faire de l’humanitaire. C’était un rêve d’enfance que j’avais besoin de réaliser avant que les choses aillent trop vite. Et puis six mois à faire du vin en Californie, dans la Napa Valley.

C’était comment ces premiers six mois en Inde ?

C’était juste extraordinaire. Ça a beaucoup marqué ma vie, mais marqué dans le bon sens. J’ai beaucoup appris. J’étais partie pour deux mois, je suis resté six mois tellement c’était bien. Je crois que j’ai appris à vivre, justement, sans ces racines paysannes qui sont très fortes, ce lien à la terre. Je me suis retrouvée seule face à moi-même. J’ai adoré cette vie à donner de son temps gratuitement. Ce luxe finalement de pouvoir donner de son temps, de ne rendre de compte à personne, de ne dépendre de personne, d’être la fille de personne, la sœur de personne, j’ai trouvé ça assez extraordinaire. Et puis cette découverte de cette culture asiatique que j’adore.

Vous avez eu l’occasion d’y retourner, depuis, en Inde ?

Non. J’en rêve, avec une petite appréhension parce que j’en ai de très beaux souvenirs. Mais je vais le faire. Mon seul dilemme c’est que je connais mon attirance pour cette partie du monde: il ne faudrait pas que je parte pour quinze jours et que je reste six mois.

Ensuite, vous vous retrouvez dans la Napa Valley. Ça devait être les débuts encore de la Napa ?

Non, la Napa était bien installée. C’était magnifique. C’était aussi un de mes rêves d’étudiante de pouvoir faire du vin sur un continent différent. C’était une opportunité formidable. Je suis partie avec une de mes amies oenologues, on avait une petite maison perchée dans la montagne sur les hauteurs de la Napa, une coccinelle: c’était San Francisco le week-end et la winery toute la journée, les vendanges et les mexicains dans le chai, la musique. C’était très amusant de découvrir un monde différent, le monde du vin différent du nôtre.

C’était pas trop dur de revenir après ça, après l’Inde et la Californie ?

Très. Si, j’avoue, c’était difficile. Et en même temps, c’était la vraie vie là-bas sans être la vraie vie, je savais que ce n’était pas ma vie. Je l’ai pris comme une richesse et un moment merveilleux. Et retour à la réalité.

Qu’est-ce que vous avez appris dans la Napa qui vous a été utile ensuite ?

J’ai appris qu’il y avait en fait une multitude de façons de faire du vin: on pouvait faire du vin de manière industrielle, on pouvait faire du vin dans des petits bijoux, il y avait toutes les tailles. Mais je crois que j’ai surtout découvert cet esprit américain que je trouve merveilleux, où tout est possible.

C’est quelque chose que vous avez essayé de répliquer après ?

J’ai essayé, un petit peu, mais je dois dire qu’en France tout n’est pas possible de la même manière que là-bas.

C’était très fort, ces tests, ces mises en place d’expérimentations incroyables, et il n’y a pas le poids de l’histoire qui est chez nous extrêmement lourd. Et ça, je l’avais bien senti. J’avais aussi besoin de partir pour ça, il n’y avait plus le poids de ces familles, le poids de cette histoire dans nos vignobles. Là-bas, sans ce poids, forcément, vous avez des ailes beaucoup plus déployées.

C’est quelque chose que vous avez vraiment senti en revenant ici à Bordeaux ?

Je l’ai surtout senti en partant là-bas. En revenant, je suis revenue à la norme que je connaissais.

Donc là vous revenez de cette année sabbatique. Qu’est-ce qu’il se passe pour vous ensuite ?

Quand je suis rentré, je me suis remise à travailler ici, avec la très forte envie d’aller travailler chez mon père qui était viticulteur dans le Médoc. Dans ma tête, je m’étais programmée pour prendre sa suite et donc travailler avec lui. En fait, je lui ai demandé d’aller travailler avec lui. Il a accepté. Je ne sais pas si un père peut refuser à sa fille d’aller travailler avec lui. Parallèlement à ça, ma mère est morte assez jeune et elle était fille unique, donc j’étais très proche de ma grand-mère qui s’occupait de Corbin à ce moment-là, et qui avait très envie que je vienne et que je m’en occupe à sa place. Moi je n’avais pas très envie, la propriété était dans une indivision, je trouvais qu’ils se chamaillaient, je trouvais que j’étais trop jeune pour prendre tous ces coups, venir au milieu de toutes ces histoires, et qu’il fallait d’abord qu’ils les règlent avant que je n’arrive. Ma grand-mère a accepté ça, mais elle a été assez incroyable et très forte. Elle m’a juste demandé de l’accompagner chaque semaine à Corbin avec elle, quand elle venait passer un moment ici, et regarder en disant “j’ai besoin que tu me soutiennes, j’ai besoin que tu m’accompagnes”. En fait, je l’ai fait par gentillesse pour cette grand-mère que j’adorais. J’avais des souvenirs merveilleux de Corbin, enfant. Mais en venant petit à petit, toutes les semaines avec elle, pendant un an, deux ans, trois ans, elle a réussi à me faire tomber amoureuse de Corbin. C’était très fort. Je m’en suis rendue compte longtemps après. Elle a été très maligne dans sa façon d’approcher les choses. Elle savait très bien comment je fonctionnais. Parallèlement à ça, j’ai travaillé avec mon père pendant quatre ans. Ça n’a pas du tout été une réussite, c’était très compliqué. Moi j’avais toutes mes idées nouvelles, rentrant de Californie, tout est possible, il suffit de mettre en place, et puis hop, on y va! Mon père n’était pas du tout là-dedans et en fait, je l’ai beaucoup bousculé. Même si on s’entendait très bien, ça n’a pas été simple du tout. Donc au bout de quatre ans, je suis partie un peu en claquant la porte. Finalement, entre-temps, j’avais réalisé ce que représentait Corbin, à la fois pour ma grand-mère, à la fois je réalisais que ça représentait pour moi un joyaux ; c’était aussi le lien affectif avec ma mère qui n’était plus là. Tout s’est dénoué: ma grand-mère a repris Corbin pour elle, en sortant de cette grosse indivision. Je l’ai beaucoup accompagnée pour faire ça, on l’a fait ensemble. Quand elle a eu Corbin pour elle seule, elle m’a dit “écoute, maintenant ce n’est plus possible, quoi. Il n’y a plus tout ce qui ne te plaisait pas à Corbin, il n’y a que ce que tu aimes, donc tu ne peux plus me dire non.” Et je suis arrivée à Corbin.

Château Corbin Saint Emilion

Quelle était la relation avec votre père quand vous êtes partie pour Corbin? Est-ce qu’il vous en a voulu, ou est-ce que c’était un soulagement pour lui de ne pas devoir mettre en place toutes ces nouvelles expérimentations ?

Je pense que ça a été un soulagement pour lui de se dire “elle va prendre l’air ailleurs, elle va faire ce qu’elle veut ailleurs”. Non, je pense qu’il a été forcément touché, mais mon père était vraiment très sage, vraiment les pieds ancrés dans le sol, un paysan au sens noble du terme. Je pense que ça a été une très bonne nouvelle pour lui. Il m’a beaucoup accompagné ici, on a eu une relation bien meilleure. Il m’a soutenu, il m’a encouragé. J’ai vraiment découvert mon père beaucoup mieux avec cette distance, où finalement je faisais la même chose que lui, mais chacun chez soi. Il avait un œil très bienveillant.

Il passait souvent ?

Pas très. C’était un homme très discret. Mais toujours quand j’avais besoin de lui, il était là et il arrivait. Il me faisait confiance.

Vous arrivez à Corbin, c’est parti. Quel est l’état de la propriété au moment où vous arrivez ?

C’est une belle endormie. C’était en 1999. Corbin n’avait pas été habité depuis 30 ans.

Vous habitez ici, maintenant ?

Oui. Il n’y avait pas eu d’investissement pendant 30 ans non plus. On va dire que c’était un énorme chantier, dont je n’ai vu que la partie émergée de l’iceberg. Et dieu merci d’ailleurs, heureusement que je n’avais pas vu tout le reste! Donc j’ai plongé avec une énergie débordante et j’ai travaillé à marche forcée d’investissements, d’enthousiasme, de gaieté, et découvert ce métier à part entière, avec tous les aléas.

C’est quoi les premiers chantiers entrepris ?

La vigne. Le vignoble. Vraiment.

Il fallait tout restructurer, replanter ?

Exactement. Pour moi c’était vraiment la base de commencer par le vignoble et je l’ai commencé tout de suite. Mes premiers investissements: arracher des parcelles, les drainer, les replanter, faire une étude de sol, comprendre quels cépages sur quelles parcelles je devais mettre, bouger les densités de plantation. J’ai vraiment remis en cause ce qui était fait et vérifié que si ce n’était pas bien fait, il fallait le changer, le faire autrement.

Ça a pris combien de temps, de faire tout ça ?

Ça a pris quinze ans, à marche forcée, avec les moyens d’une famille et pas d’un investisseur de l’extérieur qui arrive, avec une grand-mère qui était là aussi et qu’il fallait que je fasse vivre avec Corbin qui était sa principale source de revenus. Et le vignoble ça ne s’arrête jamais une fois qu’on a commencé. Mais on va dire que là, les choses ont pris une cadence normale. Très vite après le vignoble, j’ai enclenché un an après une grosse tranche de travaux sur les installations techniques. Ça n’a pas cessé. Il y a eu une première grosse tranche, dix ans après, une deuxième grosse tranche sur les bâtiments. Le dernier gros investissement, ça a été sur le cuvier en 2016.

Est-ce que vous pouvez nous présenter Corbin aujourd’hui ? Qu’est-ce que c’est, le château Corbin ?

Corbin, c’est un grand jardin. Un vignoble de treize hectares, qui est situé à six kilomètres du village de Saint-Emilion, à proximité de Pomerol. C’est un grand cru classé de Saint-Emilion depuis l’origine du classement en 1955. C’est une propriété familiale que mes arrières-grands-parents ont achetée en 1924 et qui a été toujours gérée par des femmes et transmise par la lignée des femmes, jusqu’à moi. Corbin c’est une propriété qui a une âme forte, c’est un lieu de vie, c’est un endroit où on se sent bien. Et ça, c’était très important pour moi. Je me suis installée à Corbin en 2001. Je voulais vraiment être au cœur de ce vignoble. Il est tout autour du château, c’est pour ça que je dis que c’est mon jardin. C’est un petit bijou.

Vous avez parlé d’être un passeur et de la transmission du château. Est-ce que vous, vous avez des filles ?

J’ai une fille et deux garçons.

Ils ont quel âge ? Ils s’intéressent déjà au vin ?

Alors ils s’intéressent déjà au vin, oui. Mais j’ai tout fait pour. En fait, j’ai déménagé à Corbin en 2001. J’ai voulu élever mes enfants ici, à double titre. J’ai trois enfants. Je voulais être une mère, je voulais m’occuper d’eux. Mes premières vinifications, je venais juste d’accoucher du second, et les deuxième vendanges, en 2000, je les ai faites en vivant à Bordeaux. Et pendant un mois, je partais le matin, mes enfants dormaient, je rentrais le soir, ils dormaient aussi. Je ne les ai pas vu pendant un mois. A la fin des vendanges, je me suis dit “mais tu es complètement folle, ce n’est pas une vie”. Et donc là, j’ai décidé de m’installer ici parce que ce n’était pas gérable, au fil des saisons et au fil de l’activité de ce métier il y aurait trop de moments où je ne verrai pas mes enfants. Mais je crois qu’au fond de moi j’avais très envie de leur donner de vraies racines paysannes et de leur donner le sens de la terre, le sens de la vigne: toutes ces saisons qui sont importantes, le cycle, les vendanges, la mise en bouteille, tous les travaux de la vigne. Aujourd’hui, ils ont 23, 21, et 15 ans. Ils font leurs études.

C’est la vie que j’avais imaginée. Si je devais la refaire, je la ferai de la même manière.

Corbin à Saint Emilion

Comment Corbin est vendu ? Par la place de Bordeaux ?

Oui, complètement.

C’est quoi un peu le profil typique des amateurs du château Corbin ?

C’est une très bonne question. On a fait le choix de la place de Bordeaux bien sûr. C’est distribué par une trentaine de négociants, allocataires en primeur. Corbin est distribué dans une quarantaine de pays, sur tous les continents. On n’a pas vraiment un marché prédominant. Le premier pays est souvent la France, mais c’est quelques fois les Etats-Unis, quelques fois les Emirats Arabes, aussi. On a ces trois gros marchés. En Europe, on a la Suisse qui est un marché aussi très important pour nous. Mais on a quand même une distribution extrêmement éclatée et un camembert qui est assez bien réparti.

C’est aussi la force de la place de Bordeaux: le réseau de distribution et l’étendue internationale et mondiale de cette distribution qui est impressionnante.

Exactement.

Vous avez gardé des liens avec la Napa ?

Un petit peu, oui. J’ai gardé quelques liens avec des gens que j’ai rencontré là-bas et avec qui j’ai travaillé.

Et vous échangez parfois des pratiques ou des idées ?

Alors le winemaker avec qui je travaillais a pris sa retraite.

Il est venu à Corbin ?

Non, il n’est jamais venu à Corbin malheureusement. On n’échange pas sur les pratiques, non. On a quand même des climats différents, les choses sont quand même assez différentes. Non, on n’échange pas.

C’est quoi le futur pour le château Corbin ?

C’est une très bonne question. Le futur pour Corbin… En fait, je ne sais pas. Je pense que Corbin est une personne à part entière. Mon job est vraiment de mettre Corbin dans les meilleures dispositions pour passer les différents caps des aléas climatiques, des différentes crises, quelles qu’elles soient, que l’on peut vivre. Mon rôle est de m’adapter à Corbin. Et finalement, l’avenir de Corbin, je ne sais pas. Je ne sais pas s’il m’appartient, l’avenir de Corbin. Je me dis que quand l’heure sera venue, il faudra que Corbin choisisse la personne qui devra le gérer après moi. Mais finalement, je ne suis pas capable de vous répondre. Je pense que c’est un bel avenir, quoi qu’il arrive. C’est certainement un avenir familial. J’ai toute confiance dans la génération qui suit pour construire cet avenir.

Vous avez parlé d’adaptation, de crise. Il y a forcément une question importante qui est celle du réchauffement climatique. Est-ce que c’est quelque chose que vous sentez, ici ?

Oui, très clairement. J’ai longtemps pensé et hésité, ce n’était pas une certitude. Je crois que 2015 c’est l’année où je me suis dit que ce n’était plus une hypothèse, c’était une certitude, de par les excès que l’on vivait, les excès du climat d’une année sur l’autre: des excès de chaud, des excès de froid, le gel tardif, les excès de sécheresse, les pics de chaleur, des choses fortes qui nécessitent une adaptation permanente et une remise en question de la façon dont on gère.

Comment est-ce que vous faites pour gérer tout ça ?

On fait plein de choses. Je crois qu’il y a vraiment une adaptation au niveau des méthodes culturales, au niveau des travaux du sol qui sont très importants, une adaptation au niveau du palissage de la vigne, garder de la fraîcheur, de l’ombre, une espèce d’ombrage ménagé sur les grappes, faire beaucoup de prophylaxie, vis à vis des maladies de la vigne. En fait, c’est de plus en plus de précisions dans ce travail du vignoble, pour amener les fruits dans les meilleures conditions au moment des vendanges. Et puis, une étape clé qui est le ramassage de ces raisins et le choix de les prendre au meilleur moment, sur le fruit, prêt, croquant. C’est vraiment important ce travaille-là aussi, qui se fait de plus en plus à la dégustation plutôt qu’avec des analyses. Et puis aussi adapter nos méthodes de vinification. Ca, je suis très aidée par mon nouveau cuvier depuis 2016, qui est un cuvier parcellaire: une cuve pour chaque parcelle, ce qui me permet vraiment d’adapter le mode de vinification à chaque type de raisin, de cépage, de l’âge des raisins, du terroir, avec des températures plus douces, des extractions ou des infusions, selon le millésime et les caractéristiques du fruit. Et puis, un gros travail qui est vraiment aujourd’hui mon travail de recherche actuel: l’élevage du vin jusqu’à la mise en bouteille. En fait c’est une recherche d’équilibre. Pendant quinze ans j’ai beaucoup travaillé sur la recherche d’équilibre au vignoble, en adaptant la charge, le nombre de bourgeons, que chaque pied soit vraiment une entité prise pour un individu, choyé, et adapter, lui donner les meilleures conditions de développement. Une fois que cet équilibre est trouvé à la vigne, le trouver pendant les vinifications et maintenant affiner cet équilibre à l’élevage. Tout ça dans le but de donner plus de plaisir au consommateur, à l’amateur de Corbin.

Parallèlement à ça, il y a deux grandes transformations que l’on voit un peu en transverse de toutes les évolutions dans le monde du vin, qui sont le numérique et l’oenotourisme. Est-ce que vous avez des chantiers ouverts là-dessus ? Déjà, est-ce que l’on peut visiter Corbin ?

Bien sûr. Ça fait partie vraiment des premières choses que j’ai faites à Corbin. Je trouvais terribles ces propriétés qui étaient fermées, et puis j’étais très marquée par le Médoc où tous ces grands beaux châteaux, quand j’étais enfant, qu’on traversait cette route, ils étaient tous fermés. Ça m’a beaucoup marquée, c’est pour ça que j’ai voulu venir vivre à Corbin et avoir une propriété accueillante, ouverte, et recevoir à Corbin. Vous dites quelque chose qui m’a beaucoup touchée. Ensuite, cet œnotourisme, il s’est beaucoup développé et je me suis rendue compte que je touchais mes limites parce que c’était moi bien sûr qui ouvrait la porte, qui recevait, qui accueillait et qui faisait les visites. Saint-Emilion est extrêmement touristique, on a une région ravissante, donc elle attire beaucoup de gens. Du coup, oui, je me suis pas mal engagée dans cet œnotourisme. J’avais même franchi le pas l’année dernière, d’embaucher une personne pour occuper ce poste, ce rôle. Malheureusement, la crise Covid a eu raison de cette nouveauté, donc on n’a pas pu continuer, on a dû stopper cet essai. Mais ça reviendra. C’est presque une obligation d’ouvrir ses portes, de faire rêver les gens, de leur faire comprendre, de les éduquer au monde du vin. C’est une grande chance.

La deuxième transformation parallèle à ça, c’est le numérique. Est-ce que c’est quelque chose que vous vivez au quotidien ?

On va dire que oui, bien sûr.

Sous quelles formes ? Pour moi, il y a le numérique dans les vignes ou la conduite du domaine en général, que ce soit la vigne en tant que telle, au chai, même dans la gestion administrative du domaine. Le deuxième aspect, vis à vis des amateurs, des consommateurs, des clients, via des réseaux sociaux, via le site, etc. Est-ce que vous partagez ces deux pans de transformation ?

Oui, je les partage pleinement. J’essaie toujours de me servir des nouveaux outils. L’innovation est bonne tout le temps. C’est formidable, un petit outil, un petit vignoble, permet de faire beaucoup d’expérimentations, beaucoup d’essais et de les suivre. Ensuite, je pense qu’on a un métier qui est beaucoup lié à l’observation. Il y a tous ces nouveaux outils d’observation qui sont extrêmement intéressants et utiles. La difficulté qu’on peut avoir à Corbin finalement, c’est d’être du niveau des grands avec un outil qui est aussi petit, qui ne permet pas non plus de développer tout ce qu’on voudrait pour des questions de rentabilité, d’outils qui servent souvent une fois par an. Les nouveaux outils ne sont parfois pas adaptés à une petite superficie. Il faut vraiment faire la part des choses et aller chercher les meilleurs outils.

On est en mars 2021, ce qui veut dire que vous voyez bien se présenter le millésime 2020, puisque les primeurs ne sont dans pas dans très, très longtemps. Tout le monde nous dit que c’est un millésime incroyable. Est-ce que c’est quelque chose que vous confirmez ?

Je confirme complètement. Il est incroyable pour plein de raisons. La première, c’est qu’avec l’année qu’on a vécue, avoir des vendanges aussi belles que 2020, se dire que la vigne finalement n’attrapait pas le Covid, c’était vraiment quelque chose de merveilleux. Vivre le premier confinement avec le printemps qui sortait, les bourgeons qui débourraient et la vigne qui poussait, je vous assure que c’était un équilibre incroyable et une force qui nous a été donnée à mon équipe et à moi. On a vécu quelque chose de vraiment très fort à ce niveau-là. Déjà, elle était merveilleuse pour ça, cette récolte. Ensuite, c’était une récolte qui a été faite après beaucoup d’excès: on a failli geler fin avril, tard, on s’est battu plusieurs nuits avec la lutte anti-gel ; ensuite, on a eu une fenêtre de tir pour avoir une floraison incroyable ; beaucoup de pluie au printemps, donc le Mildiou qui avait une pression très, très forte ; et quand tout ça s’est arrêté et qu’on a pu un peu se reposer, se remettre de nos émotions, on a enclenché des mois de sécheresse, enfin des mois sans eau et extrêmement chauds et solaires. Tous ces excès nous ont demandé de nous adapter tout le temps, de prendre des décisions comme ça très rapidement. Je crois que c’est ça qui rend ce millésime extraordinaire, c’est la beauté des raisins qu’on a pu ramasser, après tout ce que le millésime a vécu.

Du coup, vous avez fait le premier confinement ici ? Ça devait être hors du temps ?

Ah oui, c’était hors du temps, c’est exactement ça. J’ai vécu l’année 2020 de façon merveilleuse. Je l’ai trouvée d’une richesse incroyable, d’une force incroyable. Je pense que le monde a changé, clairement. Elle m’a vraiment permis, cette année, de me poser face à moi-même, face à mes vignes. Le fait d’être là tout le temps, de prendre des décisions importantes pour la suite de Corbin, justement. Ma vision du vin a changé.

Ah oui ? Dans quel sens ?

A la fois en étant capable de faire une synthèse de tous ces éléments qui changent: le changement climatique dont vous avez parlé, le fait que mon élevage a changé aussi. En fait, en 2017 toute ma récolte a gelée, tout le vignoble a gelé. J’ai décidé qu’avec la toute petite récolte que j’avais, je ne pouvais pas faire de Corbin, ce n’était pas possible de faire du grand vin. Je n’ai fait qu’une toute petite partie de second vin. Du coup, quand j’ai mis en bouteille mes 2016, tout mon parc de barriques, je l’ai vendu, n’ayant plus de vin à mettre dans les barriques. Des barriques, ça ne peut pas se garder vide, vous savez. Quand 2018 est arrivé, j’ai racheté la proportion de barriques neuves habituelles pour Corbin et j’étais confrontée au fait que j’avais l’habitude d’élever la totalité de Corbin en barriques, mais dans des barriques de premiers vins. Je n’ai pas voulu racheter des barriques qui venaient d’ailleurs, d’occasion, ce n’était pas concevable pour moi en termes de traçabilité pour Corbin. Du coup, finalement j’ai changé mon mode d’élevage qui a été en barriques neuves et en cuves, ce que j’appelle aujourd’hui ma réserve fruit. Finalement, je me suis rendue compte que je trouvais que ça donnait au vin une fraîcheur, une lumière, quelque chose de nouveau et de différent. Ca, me m’en suis rendue compte à la fin de l’élevage de 2018, je l’ai confirmé. C’était en plein confinement, justement. Du coup, j’ai fait un choix qui était quand même très fort: à partir de ce millésime 2018, de continuer à élever les vins uniquement une partie en barriques neuves et le reste en réserve fruit. Je me suis mise à chercher de nouveaux contenants pour élever cette partie “réserve fruit” de Corbin. Ca, c’est le début d’une nouvelle aventure de recherche d’équilibre sur l’élevage qui a été très importante.

Parallèlement à ça, cette année de confinement et ce monde qui a changé, je me suis rendue compte aussi que le consommateur changeait ses goûts et voulait commander un vin en appuyant sur trois boutons, que le vin arrive chez lui et que ce soit du plaisir, parce qu’on était dans un monde où finalement on se rendait compte que le bonheur c’est des petits plaisirs du quotidien, peut-être encore plus qu’avant. Pour ça, il faut que la bouteille procure une émotion à l’amateur de vin qui va commander une caisse ou trois bouteilles, et qu’il aie envie d’ouvrir sa bouteille quand elle arrive, pas de la ranger dans sa cave, et que le verre qu’il va boire lui raconte une histoire, comme celle qu’on se raconte nous là, ce matin, parce que vous êtes le premier à le dire: quand vous buvez un vin, vous avez envie de savoir ce qu’il y a derrière. Et donc il faut déjà que le vin vous procure une émotion, qu’il s’ouvre dans le verre et qu’il déroule l’histoire au fur et à mesure de la dégustation. Ca, j’en ai pris conscience vraiment l’année dernière.

Parallèlement à ça, pendant ce confinement, ça a été l’occasion d’ouvrir de vieux millésimes de Corbin, de grandes bouteilles, et je me suis dit que finalement les anciens, avec beaucoup moins de moyens et certainement en prenant beaucoup moins de risques que nous pour attendre peut-être une maturité plus parfaite, ils ramassaient le raisin au moment où ils avaient envie de croquer le fruit, et ils faisaient des vins grandioses. J’ai notamment goûté deux grandes bouteilles: une de Corbin 1961 que j’ai adoré, et une de Lafleur 1945. Ces vins m’ont émerveillée, et je me suis dit que c’était ça que je voulais faire: des vins qui étaient à la fois capables de vieillir, tout sur le fruit, mais en même temps, être capable d’ouvrir un Corbin 2018 aujourd’hui et qu’il vous procure une réelle émotion. Donc ça a changé ma vision du vin.

C’est un changement profond. A la fois personnel, mais qui engage aussi la propriété.

Très profond, exactement.

Ça ne vous a pas fait peur au début, de faire ça ?

Ca m’a fait un peu peur, mais finalement ça m’a fait comprendre que c’était à moi de m’adapter au changement climatique dont vous me parliez tout à l’heure. Corbin reste un grand terroir de Merlots et restera un grand terroir de Merlots, je pense. Finalement la grande chance qu’on a c’est d’avoir de l’argile, qui est sur le millésime 2020 cette éponge qui a absorbé de l’eau, qui a été capable de le redonner à la vigne et de faire qu’elle aie une alimentation hydrique régulière et que le cycle se fasse très bien. Finalement, ça m’a permis de vendanger tôt, 8 septembre, de ramasser des fruits sur la fraîcheur et moi de gérer le potentiel très important et puissant de ces raisins avec beaucoup de tanins et d’une grande richesse, donc j’ai fait des infusions au chai, pour aller rechercher cet équilibre que la nature avait peut-être un peu déséquilibré par le climat justement. Et donc ça m’a fait prendre conscience que c’était moi qui devais m’adapter à ce qui se passait, et non pas le contraire en faisant de grandes révolutions. C’étaient des petites révolutions en cherchant encore plus de précisions et un équilibre dans la vinification, dans l’élevage, jusqu’à la mise en bouteille.

C’est assez peu courant, à Saint-Emilion et dans le Bordelais en général, d’avoir cet élevage avec un tiers de barriques neuves et deux tiers de pas barrique.

Oui, ou la moitié en barriques neuves, ça dépend un peu des millésimes, ça oscille entre 35 et 50%.

Dans ce podcast, j’essaie d’interviewer des profils diversifiés, sous tous les profils, en termes de types de jobs dans le vin, d’histoires personnelles, et aussi de genre. Vous êtes une des rares femmes qui fait du vin que j’ai interviewées depuis quelques mois. Ca fait longtemps que je n’ai pas interviewé une femme qui fait du vin. Normalement c’est 50% de l’humanité, donc ça devrait être 50% dans ce podcast aussi. Est-ce que c’est quelque chose que vous sentez un peu dans le monde du vin, ou pas du tout ? Justement, il y a cette histoire dans Corbin, transmis de femme en femme.

La différence d’être une femme par rapport à un homme pour faire du vin ? Je ne suis pas sûre de ressentir une différence. La femme a des atouts d’exigence, de travail accompli jusqu’au bout, dans les détails peut-être, pour faire un grand vin. Elle a aussi des inconvénients. Je pense qu’on est plus liés à nos personnalités, plus qu’au genre, homme ou femme, et à nos sensibilités.

En tous cas, les entreprises gérées par des femmes pendant le Covid ont fait de bien meilleures performances je crois, que les entreprises gérées par des hommes. Il y a pas mal d’études qui montrent que l’égalité femme-homme au sein d’une entreprise, sans dire gérées par des femmes ou gérées par des hommes, mais en tous cas l’égalité au sein des boards, des conseils d’administration, implique souvent de meilleures décisions, à la fin.

Elle est riche, elle implique des décisions différentes et évidemment on a des raisonnements peut-être un peu différents. Pour moi, la grosse différence avec les femmes, c’est qu’on a toujours à gérer un deuxième métier, qui est notre famille, nos enfants, donc qui nous oblige toujours d’être dans l’efficacité.

Vous avez parlé du millésime 2017. Est-ce qu’à un moment vous avez eu envie d’arrêter, de dire “c’est bon, à un moment donné j’ai envie de faire autre chose” ou “j’en ai un peu marre” ?

Jamais, jamais. Dieu sait si cette année-là, ce 2017 qui n’a pas été là, ça a mis le vignoble à plat, mais ça a mis Anabelle à plat de la même manière. J’ai vraiment vécu en symbiose avec mes vignes et j’ai repris vie un an après, quand 2018 est arrivé, mais ça a été terrible. Pour autant, je n’ai pas eu envie d’arrêter. C’est terrible.

C’est aussi l’histoire d’une vie.

Ça fait partie de moi, c’est ça, c’est ma vie.

Est-ce qu’il y a un enseignement ou un conseil que vous aimeriez donner à un jeune vigneron, jeune viticulteur qui se lancerait ?

De ne pas rester seul ; de savoir s’entourer ; de savoir quitter ses vignes pour revenir avec un œil neuf ; et d’échanger, de partager.

C’est important d’être dans cette découverte, d’avoir le regard des autres en permanence ? C’est quelque chose que vous faites ici ?

Oui. Ça m’apporte beaucoup.

Avec des personnes de la région ?

Avec des personnes de la région, avec des personnes de l’extérieur. Échanger sur la façon dont on fait les choses, avoir un œil extérieur qui vient goûter votre vin, aller goûter d’autres vins, oui c’est très, très riche, certainement les enseignements les plus riches.

Anabelle, merci beaucoup pour ce temps. Il me reste trois questions qui sont traditionnelles dans ce podcast. La première, c’est est-ce que vous avez une dégustation coup de cœur, récente ?

J’ai une dégustation coup de cœur récente ? Oui, en fait j’en ai deux, si je peux en donner deux. C’est ce Lafleur 1945, de Pomerol, goûté cet été, qui était une révélation. Je ne pouvais pas imaginer qu’un vin de cet âge puisse avoir une telle fraîcheur, autant de fruits. Extraordinaire. J’avoue que ce n’est pas donné à tout le monde, c’était une bouteille de la cave de mon grand-père. Incroyable. L’autre révélation, c’était un domaine Leroy, 2002, goûté chez des amis à Saint-Emilion, qui m’a juste enchantée tout le dîner. C’était merveilleux parce que justement le vin m’a raconté une histoire dans le verre toute la soirée, et j’ai trouvé qu’il n’y a rien de plus beau. Ça a changé ma vision du vin.

Est-ce qu’il y a un livre sur le vin que vous aimeriez me recommander ?

Alors j’ai lu un livre merveilleux, c’est une trilogie: ça s’appelle “Les vignes de Sarah”, de Kristen Harnisch. Ça raconte l’histoire de Sarah qui quitte la France, elle est d’une famille dans le viticole, qui a un domaine dans la Loire. Elle est obligée de quitter la France, elle part aux Etats-Unis, et en fait ce sont les débuts de la Napa Valley. Ils créaient un vignoble là-bas. En même temps, il y a une histoire d’amour qui est assez belle. A la fois les racines terriennes, la création d’un vignoble sur un autre continent, et elle revient sur ces racines dans la Loire: c’est juste une vie, j’aurai adoré avoir une vie comme ça et avoir un vignoble dans la Napa Valley, avec Corbin en plus.

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Pour finir, quelle est la prochaine personne que je devrais interviewer dans ce podcast ?

Vous me posez une colle, comme ça. Il y a des tas de personnes incroyables que vous pourriez interviewer… Je sais! Vous devriez interviewer deux personnes que j’aime énormément, ce sont des gens qui subliment des propriétés viticoles: ils s’appellent Guy Troprés et Caroline Marly. Ils sont architectes, l’agence A3A. C’est avec eux que j’ai fait tous les travaux de rénovation à Corbin. Ils ont un amour du monde viticole et ils ont une façon de respecter l’âme d’un cru, en le bâtissant et en le sublimant. Je pense qu’ils ont une grande part dans notre métier.

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