Épisode 42 – Benoît Trocard, Clos Dubreuil

Épisode 42 – Benoît Trocard, Clos Dubreuil

Pour ce 42e épisode du Wine Makers Show, votre podcast sur le vin, nous partons à la rencontre de Benoit Trocard à la tête du Clos Dubrueil à Saint Emilion. Benoit revient sur son histoire et sur l’histoire du Clos Dubrueil avant d’en aborder les plus grandes ambitions.

On va parler sûrement de beaucoup de choses mais est-ce que tu peux commencer par te présenter ?

Benoît : Bien sûr donc je m’appelle Benoît Trocard. Je suis issu d’une famille de de vignerons de la rive droite de Bordeaux qui remonte à peu près à 1620. Les plus vieux parchemins que l’on retrouve dans la famille qui justifie de la possession de terre viticole sont signés chez le notaire de 1620. On peut pas dire à cette époque-là qu’on faisait du vin mais on sait qu’on avait des vignes dans la famille. J’ai pris la succession de mes parents maintenant depuis 2 ans. Je travaille avec eux depuis 2001.

Je me suis retrouvé avec le bac en poche et comme beaucoup de jeunes encore aujourd’hui je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Je suis donc parti faire une école de commerce post-bac et je me suis éclaté. J’ai vraiment trouvé ma voie dans le marketing, dans la finance, dans toutes ces choses-là. Puis comme je ne me sentais pas bosser, j’ai poursuivi avec une école de commerce à Reims qui s’appelle l’ESC Reims, désormais Neoma Business School. Très bonne école, très belle école, je ne me suis alors pas autant amusé qu’à Bordeaux parce qu’à Bordeaux il y a ce côté sud-ouest et j’ai une super bande de copains. J’avoue que la diagonale Bordeaux – Champagne est plutôt très sympa. Un bon repas arrosé avec un bon vin de Bordeaux et précédé d’un champagne de vigneron c’est toujours très sympa. Je pars ensuite faire une année à l’étranger après Reims donc en Irlande à Dublin. Je fais un master of business study donc quand même BS en e-commerce. Je ne sais pas pourquoi mais je me suis dit que je voulais apprendre l’anglais un peu plus.  Puis à la fin de ce master je rentre à la propriété donc on doit être en en juin ou juillet 2001 et je me pose là et je me dis tiens je vais faire les vendanges avec les parents, ça va être sympa, un peu un retour aux sources. Puis je ne suis jamais partie finalement.

C’était la piqûre de rappel, je me suis rendu compte quand j’habitais à Dublin, que c’est la première fois que je ne me retrouvais pas sur le domaine familial pendant les vendanges et j’avais en réalité ma chambre qui est d’ailleurs ma chambre d’enfant qui est toujours au-dessus du chai. J’avais ces effluves de de fermentation de de raisins et cette odeur m’a vraiment manqué. Ça a été un peu un déclic donc je me suis dit, tiens je vais rentrer à la propriété je vais faire les vendanges. J’ai fait les vendanges, c’était génial. Puis 2001 gros millésime à Bordeaux comme on le sait, ou pas d’ailleurs, mais superbe millésime avec beaucoup de finesse et un peu moins cotée au départ que les 2000 mais qui se révèle aujourd’hui absolument extraordinaire. Je me suis dit : je ne vais plus partir.

Antoine : Qu’est-ce que tu fais à ce moment-là ?

Benoît : Je m’occupe du marketing parce qu’il n’y avait pas dans la boîte de structure marketing et pendant les vendanges je suis dans le chai comme depuis que je suis gamin.  On a toujours passé les vendanges dans le chai à vinifier, à trier les raisins sur les tables de tri, et je me prends une vraie passion pour ça. Je pars donc début 2002 pour la 2e fois en Australie faire un millésime. Je m’éclate en Australie je convaincs mon père de m’aider à investir sur un domaine en Australie. Donc mon grand-père retourne avec moi pour voir un peu ce qui se passait et puis du coup crise du dollar australien donc dépréciation des coûts et mon père me dit : « écoute viens voir un peu, il y a un petit domaine qui se vend ici à côté de l’une de nos parcelles, viens voir si ça ne peut pas t’intéresser puis en même temps je te le demande pas c’est comme ça et pas autrement : je ne mettrais pas 0,01€ en Australie tant que tu seras pas venu voir. » Je suis arrivé sur cette colline du Clos Dubreuil, à Saint-Christophe-des-Bardes et je n’en suis plus jamais parti. Je crois que j’ai dégusté le vin qui était fait à l’époque, ici dans un dans un pavillon des années 70 donc littéralement la maison d’habitation au-dessus dans le dénivelé de la colline. On aurait presque pu faire la gravité déjà à l’époque et pas de thermorégulation enfin assez vétuste et le vin était pour autant sublime donc une vraie révélation. C’est donc le début de l’aventure : je me lance et en vinificateur et en propriétaire donc pas œnologue mais avec un savoir-faire familial et puis un père et un grand-père qui me suivent de près. Me voilà autodidacte finalement, mais pas si autodidacte que ça, il y a une base familiale qui est là.

Antoine : Ça a été un peu l’apprentissage de tous les jours pour toi ?

Benoît : Je compare souvent ce que je suis aujourd’hui à un grand chef de cuisine à qui on demande à quelle école de cuisine il a été. Les chefs comme Alain Ducasse par exemple sont des grands chefs qui ont appris dans les cuisines de leur grand-mère ou de leur mère et qui se sont lancés en tant que chef mais sans nécessairement passer par l’école de cuisine.

Comment ça se passe quand tu arrives ici ?

Benoît :  Je me dis, si on arrive à faire un vin aussi bon avec un équipement aussi modeste c’est que le potentiel de la propriété et du terroir est assez exceptionnel. Je crois qu’à l’époque je réalise pas du tout où on est situés. Pour moi on est situé à Saint-Christophe-des-Bardes, je ne réalise pas vraiment qu’on est sur ce plateau calcaire je goûte juste un vin que je trouve sublime. Je me dis le mec est bon parce que il fait ça sans table de tri, il fait ça sans thermorégulation, il a un vieux pressoir à plateau rouillé. Le gars est fort et en plus je crois qu’il y a quelque chose dans ce sol qui se passe et qui est absolument extraordinaire. Le moulin se met en route donc je m’occupe de toute la partie marketing évidemment et puis la partie technique que je maîtrise quand même quand je bossais en famille, j’avais vu l’évolution de toutes ces techniques : donc pour fixer la table de tri, la thermorégulation etc… Mais le premier millésime en 2003, et toujours sans thermorégulation mais comme j’avais 23 ans, je crois que j’avais une énergie de dingue et j’ai réussi à le refroidir en mettant dans des cubitainers. Ce sont des conteneurs en plastique dans lequel on met des outres à vin, et en mettant de l’eau dedans dans les congélateurs de mes grands-parents et puis j’allais les chercher, les faire tourner tous les jours pour refroidir les mous puisqu’en 2003 on s’en souvient, il faisait très chaud. Le vin de 2003 restera pour moi même si ce n’est peut-être pas le meilleur mais le plus grand millésime c’est le premier. Alors je ne sais pas si on peut demander à des parents lequel ils préfèrent et s’ils peuvent dire l’aîné je crois que ça ne marche pas comme ça mais en tout cas dans ce monde enfin dans cette sensation au vin cette approche ouais ce millésime 2003 restera gravé à jamais.

Antoine : On a été un peu vite sur ton arrivée ici,

Avant ça t’as toujours su que tu voulais faire du vin ?

Benoît : Non pas du tout c’est ce que je disais c’est la révélation. Je ne voulais surtout pas faire du vin et c’est quand je suis en Irlande que je me rends compte que j’ai un manque absolu de ces odeurs de fermentation qui dégagent une odeur assez particulière : c’est un peu levuré et c’est un peu comme le pain de boulanger. Alors ce n’est pas du pain de boulanger mais on a cet arôme fermentaire dans le vin qui est assez particulier mais qui est absolument enivrant et qui peut être dangereux en même temps parce que c’est du gaz carbonique en réalité, mais voilà et j’aime vraiment que à ce moment-là.

Antoine : C’est super intéressant.

Benoît :  Je ne peux pas l’expliquer puisque ça c’est ce manque-là, puis le fait d’arriver après avec les parents devant l’entreprise fonctionner avec un regard de quelqu’un qui a fait 5 années d’études ou on se dit j’ai appris tant de choses dans la gestion dans le marketing pourquoi pas les mettre en même temps au service d’une entreprise familiale plutôt que d’aller apporter des compétences et de l’énergie à d’autres grands groupes. Alors j’aurai certainement adoré, mais je crois que la combinaison de cette envie de mettre au service de l’entreprise familiale des compétences est en plus véritablement liée à cette absence des chais pendant la vinification pour la première fois. Pendant mes études je revenais toujours en septembre on avait toujours un petit peu de temps pendant les vendanges c’était l’avantage d’être étudiant et tout ça mis bout à bout me donne envie de faire du vin.

Antoine : Quelle a était la réaction de tes parents à ce moment-là ?

Benoît : Mes parents, d’abord on a eu de la chance parce qu’on est 5 frères et sœurs. Des parents qui ne nous ont jamais mais alors absolument jamais forcer à reprendre la propriété. Ça a été vraiment un luxe j’ai envie de dire parce qu’ils auraient pu. Je sais qu’en secret ils en avaient véritablement envie mais il n’y a jamais eu de pression en tout cas à ce niveau-là. Je crois que mon père aujourd’hui, qui est à la retraite depuis 2 ans, c’est une forme de fierté.  Je crois qu’il ne l’a pas vraiment communiqué à l’époque mais il s’est dit c’est bon  là je sais qu’il y a quelqu’un qui reprendra le domaine. Parce que pour ces vieux domaines familiaux aussi prestigieux petit ou grand soient-ils, on a toujours peur, on se pose toujours la question de quelle va être la génération qui ne va pas aller au bout. Je crois que mon père je ne lui ai jamais posé la question très honnêtement mais je pense que quand il m’a vu revenir et prendre la direction il y a 2 ans, il s’est dit j’ai fait mon boulot j’ai passé le flambeau. Maintenant la pression est sur moi.

Antoine :  T’as des enfants toi ?

Benoît : Non j’ai encore 5 frères et sœurs donc peut être qu’ils auront tout ce qu’il faut.

Antoine : Entre 2003 donc ta première vinification ici et aujourd’hui c’est passé pas mal de choses aussi.

Le domaine c’est un petit peu agrandi ?

Benoît : Oui c’est passé d’un hectare : alors le domaine quand il a été créé, parce que ce n’est pas moi qui l’ai créé, donc il existait. Mais ça reste une création de 96 il y avait 45 quarts, donc 0, 45 hectares exactement et le moment et moi je l’ai acheté il faisait 1 hectare 45 et aujourd’hui il fait 8 hectares. Il m’aura fallu presque 20 ans on va dire. Pour résumer on va dire 2002, le moment où j’ai acquis le domaine et 2022 l’année prochaine donc presque 20 ans pour arriver à ses 8 hectares. Parce que d’abord on est en France mais dans la campagne donc on n’achète pas les voisins comment on achète une pièce de viande chez le boucher. Donc ça prend du temps on a affaire à des paysans qui ont voué leur vie, leur âme, à leur à leur propriété et qui transmettent avec le temps tous leurs sentiments dans cette bouteille de vin dont ils sont hyper attachés et qui préféraient des fois vendre à un paysan du coin plutôt qu’un gros investisseur pour être sûr que leurs vignes vont être traitées avec autant de passion et par un homme. Parce que je pense que tous les gens qui travaillent même pour les grands groupes dans la vigne le font avec passion mais je crois que moi ça a été ma chance ici. J’ai été bien avec les gens du village, mon grand-père avait été un élu ici en tant que conseiller général toujours très respecté à faire un énorme travail de proximité et ça a été je crois ma plus grande carte et d’être d’une vieille famille du coin j’ai pu avoir accès petit à petit donc ça s’est vraiment étalé sur 20 ans à racheter des morceaux de parcelles. Des plus grosses parcelles et pour arriver à faire de Clos Dubrueil aujourd’hui cette propriété de 8 hectares. Ce qu’il faut savoir, donc là on est dans le chai mais la maison est en travaux. À côté de cette maison qui appartenait à mon père la maison ou je suis actuellement, appartenait à un vieux monsieur au fils d’un vieux monsieur qui lui-même avait vendu la maison d’à côté à mon père et qui habitait encore jusqu’il n’y a pas très longtemps la maison d’à côté. Aujourd’hui on a réussi à reconstituer le clos d’origine, donc cette propriété c’est un clos parce qu’elle est entourée d’un muret de pierre et on a vraiment la maison qui va être terminé et qui va être enclavé dans ce muret de pierre. On a réuni les 2 parcelles d’origine de la propriété qui ne s’appelait pas clos Dubreuil évidemment à l’époque mais qui appartenait à ce même monsieur donc c’est assez passionnant d’avoir réussi à faire ça.

Antoine : Ce n’est pas un peu une tannée justement de devoir chercher la terre, discuter avec chaque personne, négocier justement 0, 45 hectares ?

Benoît : D’abord quand on est à la recherche de cela, on négocie pas c’est à dire que c’est même pas une négociation et j’ai envie de dire que c’est même pas une recherche, c’est plutôt beaucoup d’empathie, d’écoute et de considération. Je vois aujourd’hui trop de gens arriver dans la région penser qu’avec l’argent on achète tout et je crois que c’est d’avoir oublié le la vérité des gens vrai alors je suis désolé du pléonasme. Mais en on a ici dans les campagnes et partout en France d’ailleurs des gens qui pourraient mourir pour leurs terres et qui sont morts pour leurs terres pour certains. C’est d’une importance capitale que quand je reprends en main un morceau de terre je  reprends pas comme morceau je reprends une partie de l’histoire des gens et j’essaie de l’intégrer du mieux que je peux à Clos Dubreuil et dans cette philosophie qui m’est propre puisque je pense que chaque vigneron inconsciemment à sa propre style et heureusement d’ailleurs. Donc non c’est pas du tout une tannée c’est au contraire une véritable passion et c’est un honneur que ces gens me font quand ils acceptent de de me laisser travailler leurs terres.

Antoine :  Tu as parlé de ton style.

Comment tu le définirais justement ?

Benoît : Alors ça c’est toujours une question hyper dure. Déjà il y a quelque chose que j’essaie de sublimer qui n’est pas moi, c’est le sol sur lequel est planté clos Dubreuil. Je vais dire le terroir alors je me suis rectifié en le disant parce que le terroir par définition, c’est une combinaison de plusieurs choses dont le sol l’homme et l’environnement ou la nature ou les aléas climatiques. Donc vraiment là on est sur un plateau calcaire donc on a vu des photos tout à l’heure, on a la roche mère a moins de 20 centimètres donc ça c’est un terroir qui est absolument magique. La roche calcaire est chargée de minéraux et donc la première étape quand je fais un vin c’est d’essayer de retrouver indépendamment de mon style à moi, je veux que quand on goûte le vin se dise tiens là on est sur du calcaire. Ça c’est la première étape donc ça passe par l’écoute de la vigne, un style de maturité et une extraction en douceur. En revanche, après moi j’aime les vins qui sont riches donc moi j’aime des vins capiteux, charnus et attention quand je dis cela, ça ne veut pas dire que ce sont des vins puissants ou hyper tanique. On peut avoir des vins charnus velouté riche mais qui en même temps peuvent avoir une grande finesse aux tanins moi je n’aime pas les vins qui sont trop acide j’aime un équilibre parfait entre acidité alcool et richesse. Donc si je dois définir un peu les vins du clos Dubreuil mais on pourrait le retrouver sur tous les vins familiaux que je vinifie de la même façon. J’aime des vins qui sont précis qui sont purs, où l’expression du fruit est à son maximum donc je travaille énormément sur l’élevage entre la réduction et l’oxydation donc j’essaie de m’auto situé au parfait équilibre de ces 2 modèles. La réduction poussée à l’extrême ça va être l’H2S donc l’œuf pourri et l’oxydation, on va être sur des côtés un peu Porto  donc avec des fruits qui sont plus très frais, j’essaie d’avoir vraiment un fruit qui est entre noir et rouge plus que pruneaux. Ça c’est c’est l’objectif,  des vins qui sont riches, équilibrés et qui ont beaucoup de fraîcheur en final. Moi j’aime des vins qui sont appétants qui sont identitaires de leur région et de leur terroir et qui en même temps sont d’une belle maturité avec beaucoup de richesse, beaucoup de finesse, et de profondeur et avec une finale encore plus sur la fraîcheur. Avec ce côté c’est certainement le côté salin qu’on va retrouver du plateau calcaire et  qui donc donne le gout.  Un verre en appelle un autre je crois que c’est la clé de notre métier on produit du vin tous les ans sinon on aurait quelques soucis à distribuer nos vins.

Antoine :  Alors justement parlons parlons de la distribution de témoin puisque c’est un élément qui est assez particulier chez toi ou pour quelqu’un qui est une marque d’originalité à Bordeaux.

Effectivement tu ne passes pas du tout par le négoce bordelais par la place de Bordeaux ?

Benoît : Non, je  l’ai fait je l’ai essayé, il y a eu des réussites et puis moi ma famille a toujours travaillé en direct alors on travaille un tout petit peu quelquefois avec les vins familiaux sur une opération bien particulière. Mais depuis toujours on a un fichier client de particuliers en France on est en contact direct avec nos importateurs je sais exactement dans quel restaurant Clos Dubreuil distribuait à New York, quelle quantité ils ont acheté, de quel millésime.  Je sais que j’ai des clients américains qui achètent en direct à la propriété donc on arrive à exporter et c’est une clé aujourd’hui. Je crois que derrière le mot vigneron il n’y a pas que le mec qui fait le vin. Le mec il vend aussi, je crois que Bordeaux a un modèle certainement extraordinaire pour que le monde nous envie, pour des très grands crus classés ou des marques de très forte notoriété. En revanche pour tout le vigneron que je suis, et pour beaucoup d’autres vignerons dans la région ce n’est pas un système de distribution qui est proche du client. Ça nous rapporte aujourd’hui en tout cas de façon globale les foudres de certains acheteurs et de certains consommateurs. Mais moi je me bats tous les jours pour faire comprendre qu’il y a encore des vignerons à Bordeaux qui font le vin qui le vendent et qui sont proches du consommateur. Moi quand il y a une visite ici dans la mesure du possible c’est moi qui l’a fait évidemment, si je développe les visites je pourrais pas toutes les faire donc c’est vraiment un choix de distribution en direct auprès des consommateurs. C’est moi qui vais faire les Wine diner à l’étranger ou même en France. Je veux garder impérativement ce contact avec la clientèle professionnelle mais également de particulier parce que si on perd tout ça  on peut complètement se fourvoyer dans un monde où  l’on croit que tout est facile. Non c’est pas facile, c’est beaucoup d’énergie, c’est beaucoup de passion, c’est beaucoup de de précision mais le vendre c’est encore une autre étape. Je crois qu’on ne peut pas prendre la conscience du vin que l’on fait si on a pas en face le retour d’un consommateur en direct. C’est hyper important de s’entendre dire des choses qui peuvent vexer quelquefois mais qui sont en réalité vrai. C’est à dire que il y a des clients il y a des gens qui payent une bouteille à un certain prix et ils ont le droit d’avoir un avis et on peut ne pas les écouter où on peut écouter et ne pas y prêter attention. C’est plusieurs étapes mais je trouve que c’est vraiment  la clé d’écouter et je crois que le vrai vigneron à mes yeux est une personne qui sait travailler la terre, sait faire son vin, mais sait également le vendre.

Antoine : Ça ne te prend pas un temps démesuré de faire ça ?

Benoît : Si mais après c’est un métier que j’ai choisi donc je crois que c’est même pas un métier c’est une vie même, c’est au delà de la passion c’est à dire que il y a des fois on lâche les bras enfin on est comme tout le monde. Puis j’ai plus 20 ans surtout mais je crois que c’est un accouchement tous les ans en vin donc du coup on le porte jusqu’au bout. Moi le garder en stock ici dans la cave ça a pas d’intérêt, je vais être hyper honnête,  le covid a été un avantage c’est que il m’a permis de rester pendant presque un an ici en France et pas bouger. Et sincèrement c’est dingue ça m’a pas manqué donc il faut le faire parce que on n’a pas le choix mais je suis tellement mieux ici, sur le domaine à m’occuper des vins et d’avoir tous mes week-end ça m’était jamais arrivé en 20 ans. Mais bon après ça va reprendre tout ça donc je pense que cette situation actuelle aura eu en tout cas le mérite de nous apprendre à regarder les choses un peu différemment, et de peut-être se poser un petit peu plus. On était tout le temps à droite, à gauche à essayer de vendre le vin et donc c’est un peu des projets que je monte aujourd’hui c’est plutôt faire venir un maximum de personnes à la propriété ce qui m’éviterait peut-être moi d’aller encore plus loin pour faire la promotion.

Antoine : Alors justement tu me fais une transition parfaite avec cette perche.

Donc est ce que tu peux nous parler un peu plus du projet que tu mèneras ?

Benoît : Évidemment, donc maintenant que j’ai atteint à peu près la superficie que je voulais atteindre sur le Clot Dubreuil, je voulais aller plus loin dans le projet. Donc on ne va pas parler du vigneron maintenant on va parler un peu de de l’homme d’affaires directement. Je crois qu’en terme de vin on peut toujours faire mieux mais je pense que je suis arrivé à un niveau qui me satisfait tout en recherchant tous les ans d’aller un petit peu plus loin, mais je voulais faire venir plus de monde à la propriété. Je pense que le vin c’est bien c’est un grand moment qui se partage avec plusieurs personnes. Mais je crois que si on veut créer quelque chose de plus autour du vin pour en faire un produit non pas de luxe mais plutôt indispensable  il faut lui rajouter une dimension culturelle et sportive. Je vais dire il faut que ça devienne une destination. Je veux que ce que ce domaine, ici, le Clos Dubreuil devienne une destination pour les amateurs de vin, pour des sportifs pour des épicuriens. Je veux que ce soit un lieu qui rassemble, donc c’est pour ça que je suis en train de créer un peu une forme de place de village où quand les gens vont venir en visite à Saint-Émilion, à Bordeaux, en France, ils aient un endroit où ils ont envie de passer se promener en se disant « tiens je vais pouvoir passer, je vais voir le cheval travaillé dans les vignes ». Parce qu’on travaille tout le domaine au cheval, les vignes sont autour du clos. « Je vais voir le propriétaire sortir de son chai pendant les vendanges« . Souvent dans les propriétés on cache un peu toutes ces parties là, sauf que dans les villages à l’époque  le cordonnier il travaillait sur la place du village et le boulanger faisait la même chose et donc moi je veux que le que les gens qui viendraient ici pendant que c’est les vendanges, les primeurs ou quoi que ce soit aient un lieu ou il puisse se sentir à l’aise et voir les gens travailler à l’extérieur. Pendant les écoulages, pendant les vendanges, pendant beaucoup de choses donc c’est un lieu qui aura une salle de réception, une petite boutique certainement, quelque chose d’éphémère pour l’été pour donner encore plus l’envie de venir. Puis également quelques logements, et je veux que tout ça puisse cohabiter, il y a pas de restriction à venir au Clos Dubreuil. Je veux pas que ce soit une question d’élitisme c’est vraiment un endroit où les gens doivent se mélanger et se croiser. C’est un peu la destination et tout ça en plus avec un axe sportif parce que je trouve trop souvent qu’on déconnecte le vin du sport et moi qui adore le sport je veux montrer et dire haut et fort que sport et vin c’est loin d’être incompatibles.  Qu’on peut aimer le sport, faire du sport et même être un sportif de haut niveau et pour autant être un épicurien.

Antoine : Effectivement essayer de tenir le coup dans les moments plus dur.

Benoît : Exactement c’est comme dans le vin c’est un équilibre, c’est une recherche d’équilibre et je crois qu’il y a pas de « on peut aimer manger boire des bons vins et aimer faire du sport« . C’est un très bel équilibre faire que du sport et pas de vin très intéressant et l’inverse est vrai et comme dans le vin on peut avoir et des tanins et de l’alcool et de l’acidité et avoir un équilibre parfait

Antoine : Et donc du coup tout ce complexe sera présent ici au clos Dubreuil, donc c’est plusieurs suite que tu m’as montré, autour d’une place avec une autre bâtisse ou il y aura  la salle de réception etc, donc c’est  plutôt grand.

Benôit :  Oui ça va enfin ça sera un grand village, non pas un grand village c’est tout petit c’est un petit hameau en fait. Pour l’instant il est comme ça peut être qu’il se développera j’ai plein d’idées dans la tête on verra,  pleins d’envies surtout j’ai envie d’aller un peu plus loin. Mon grand-père maternel était boulanger et donc là moi j’ai toujours eu un four à pain sur la propriété donc j’en reconstruit un parce que on a dû le changer de place. Mais pourquoi pas, alors pas mois parce que sincèrement j’aimerais peut être bien un four à pain. Alors est-ce qu’il serait collectif au village que les gens puissent venir faire cuire leur pain ou est ce que pourquoi pas installer un boulanger ? ce sont mes idées. Il y a rien de réalisé pour l’instant mais voilà on a un potager, on a des ruches, on fait déjà du miel, presque un écosystème, un petit hameau qui vivrait en autarcie autour d’une activité locale assez précise mais d’abord pour tous ceux qui sont un peu amoureux du vin il y a pain, vin, fromage, donc c’est déjà ça, ça peut suffire.

Antoine :  Normalement c’est déjà pas mal effectivement.

Ce sera prêt pour quand ?

Benoît : Alors sincèrement on est en plein travaux donc si tout va bien,  la partie plus orienté boutique,  réception, jardin j’espère pour cet été donc là on est en train de finir un peu le les travaux. Toute la partie logement pour l’été 2022 donc le hameau sera entièrement terminé était 2022.

Antoine : Super, pour les personnes qui nous écoutent n’hésitez pas à faire un petit passage au Clos Dubreuil du coup pour voir soit ou ça on est, passer voir les travaux et voir à quoi ça ressemblera. Et dans le futur pour voir à quel point ce hameau se sera développée et transformé en mégalopole à proximité de Saint-Émilion.

Tu as grandi dans le vin. Comment est-ce que tu perçois l’évolution  du monde du vin et surtout à Bordeaux en général ? depuis quelques années ?

Benoît : Alors moi oui j’ai grandi ici, j’ai quitté Bordeaux pour 3-4 ans uniquement. Alors il y a plusieurs choses, il y a plusieurs réponses à ça donc le monde du vin en général entre quand j’étais gamin et aujourd’hui. D’abord la production de vin mondiale a explosé moi quand j’étais gamin, Bordeaux avait le leadership aujourd’hui on est loin de l’avoir. Et un leadership qui était certes qualitatif sur les grands vins mais qui était surtout distributif et de production. Je crois qu’aujourd’hui on a la preuve qu’avec du travail on fait des bons vins partout, qu’il y a eu des investisseurs des passionnés qui ont développé des grands domaines que ce soit en Chine aujourd’hui ou en Thaïlande on fait  même du vin au Japon Belgique en Angleterre enfin on peut tous les citer mais voilà. Donc Bordeaux s’est retrouvé face à ça et donc a perdu un peu de son de de son énergie par rapport à tous ces cette compétition internationale qui a prouvé que Ben on ne pouvait plus être moyen à Bordeaux il fallait être bon grand voilà donc ça c’est un constat. Ensuite moi ce qui me désole en revanche aujourd’hui c’est qu’il y a des vignerons à Bordeaux on est en train de les perdre.  Je crois que à cause de tout ça à cause de d’un mode de distribution ou de plusieurs on est en train de perdre la diversité vigneronne de Bordeaux et ça c’est quelque chose qui qui me déçoit au plus haut point qui m’attriste vraiment on voit des grands groupes investir alors c’est chouette c’est bien c’est pour la région c’est parfait il y a beaucoup d’argent qui arrive y’a des emplois mais on perd une diversité et je crois que on va prendre Saint-Émilion comme exemple. On avait à l’époque une mosaïque de petits Lyon alors qu’il faisait des vins différents plus ou moins bon plus ou moins grands plus ou moins cher et aujourd’hui ça disparaît au profit de grands groupes et qui malheureusement font monter des prix et du coup on voit les familles vendre et ça ça me désole foncièrement je crois qu’on est en train de faire du vin avec de l’argent et pas de l’argent avec du vin et ça c’est quelque chose qui me qui me détruit personnellement. Donc il est temps de changer ça et ça va être compliqué.

Antoine : Comment il faudrait faire pour changer ça ?

Benoît : Non, mais y’a pas moyen c’est la mondialisation c’est l’économie  j’en fais que l’amer constat après moi je suis encore d’une vieille famille du coin une vieille génération après une génération je suis la 15e génération mais voilà je pense qu’il y a d’autres gens comme moi et j’ai envie je j’aurais presque envie de dire à ces investisseurs quand vous venez investir à Bordeaux « misez sur des jeunes de ces familles-là, ils vous donneront tout parce que ce sont des sont des gamins qui généralement sont plus que passionnés » et plutôt que de racheter des grands domaines et de mettre des directeurs en place, est-ce qu’il vaut pas mieux maintenir la diversité et investir sur des jeunes de la région ? plus sur de l’humain ? plus que sur du foncier ça serait une belle façon de mettre les choses en place.

Antoine :  Et bien le message est passé donc si des personnes de grands groupes nous écoutent vous savez désormais sur qui investir et comment créer votre prochaine stratégie pour les 10 ans à venir. Tu parlais tout à l’heure de la distribution de ton vin donc tu sais exactement oui il est vendu et qui le consomme.

Est ce que tu peux nous donner un peu justement le le profil de ces personnes et de ce qu’ils consomment et surtout est ce que ce profil a évolué ces 10 dernières années ?

Benoît :  C’est alors d’abord en termes de distribution, je distribue en direct on l’a dit tout à l’heure. Si on parle du consommateur final il y a 2 aspects :  il y a d’abord le prix du vin qui est le grand vin ,qui est assez élevé donc effectivement s’adresse pas forcément à toutes les bourses et ça me désole mais c’est pour ça qu’il y a un 2nd vin aussi. Donc on a un 2nd vin qui s’appelle Anna qui ont requis par ailleurs le prénom de mon arrière-grand-mère donc c’est un hommage à ces femmes qui ont fait le vin sur les propriétés familiales en général à Bordeaux et plus particulièrement chez nous pendant la première guerre mondiale donc pour tous les hommes qui étaient au front. Clos Dubreuil, aujourd’hui la clientèle a rajeunit un peu. C’est bien je suis content bon je pense que c’est lié un peu à la communication avec tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux même si je suis pas très performant encore à ce niveau là mais parce que je crois aujourd’hui qu’il y a de plus en plus de jeunes qui s’intéressent au vin et ce que j’explique toujours c’est je rêve que quelqu’un qui est vraiment un passionné de vin mais qui n’en a pas les moyens viennent taper à la porte de la propriété il me dit voilà monsieur je n’ai pas les moyens d’acheter votre vin mais j’en ai tellement entendu parler que je rêverai le déguster je crois que ça si la porte sera toujours ouverte pour ça c’est pour ça qu’on met un peu en en place ce bar à vin pour que des gens qui peuvent pas acheter une bouteille puisse aussi avoir accès à une dégustation je serai à prix coûtant sur les vins et je veux absolument que ça devienne comme je disais tout à l’heure qui rassemble. Donc la clientèle rajeuni on est passé d’une clientèle qui avait peut-être je dirais 50 ans et plus avec une clientèle qui a entre 30 et 40 ans. Aujourd’hui enfin on va dire 35-45 clientèle de femmes voilà de plus en plus de femmes j’ai vu s’intéresser à Clos Dubrueil et ça ça m’a été permis grâce au vin blanc que j’ai commencé à produire en 2013 le chardonnay et qui m’a donné vraiment une ouverture vers un public féminin et plus jeunes et qui et qui du coup ont suscité la curiosité et ces gens-là sont venus déguster le Clos Dubrueil derrière donc voilà et en revanche le 2nd vin lui est un est un vin de de gens qui i sont plus dans le rapport qualité prix qui sont moins en recherche de  l’exception mais qui sont en recherche de d’un très bon vin bon rapport qualité prix donc là on a une tranche de de de consommateurs qui a un peu plus jeune, je dirais entre 25 et 40 ans. Mais de gens qui sont demandés de la consommation plus régulière Claude Dubois il reste quand même malgré tout un vin qu’on consomme un peu moins souvent.

Antoine :  Entendu.

En termes de de nationalité aussi est-ce que t’as vu une évolution ?

Benoît : En termes de nationalité, ce n’est pas compliqué, donc aujourd’hui c’est Luxembourg Belgique Suisse Allemagne France et sur l’Europe et ensuite à l’export ça va être Thaïlande Chine Taïwan Corée du Sud et Etats Unis.

Antoine : Donc c’est très tourné vers le vers l’Asie et un peu moins vers les états unis comparé à d’autres domaines où c’est généralement l’inverse.

Benoît : Alors en fait j’aurais pu me tourner plus facilement vers les états unis surtout au départ quand Robert Parker montait très bien la propriété. Mais en réalité avec mon père ça fait 25 ans qu’on avait investi sur le marché asiatique avec personne qui s’occupe de notre distribution là-bas. Donc ça fait 25 ans qu’on a quelqu’un sur le terrain là-bas. Maintenant je viens de m’attaquer au marché américain plus sérieusement donc du coup on devrait voir les ventes évoluer sur le marché américain. Mais après sincèrement c’est une production, le grand vin c’est 15000 bouteilles par an donc je n’ai pas non plus la capacité à attaquer tous les marchés et à tout le monde.

Antoine : Tu n’as pas forcément intérêt à disperser ton énergie non plus à passer du temps sur 10000 choses, à faire des dîners partout dans le monde alors que tu as que 15000 bouteilles.

Benoît :  Mon rêve c’est que tout se vendent à la propriété de la main à la main, et ce serait extraordinaire.

Antoine :  Parfait et bien passez voir Benoit.

Est-ce que t’as un lien avec tes parents encore aujourd’hui ?

Benoît : Complètement.

Antoine : Ils passent un peu à la propriété ?

Benoît : Alors mon père un peu moins mais je l’ai tous les jours au téléphone et il s’occupe toujours des marchés asiatiques pour la famille. Ma mère tous les jours, et je déjeune avec elle tous les jours la propriété et avec mon petit frère c’est un bonheur c’est vrai, c’est chouette. Après pour eux ça a été une vie aussi, puis du jour au lendemain s’arrêter de 7 jours sur 7 à plus du tout je crois que ce n’est pas possible. Il y en a des particuliers qui appellent tous les jours qui demande à parler à mes parents donc elle est là 2-3h par jour.

Antoine : Ta mère parle avec des clients au téléphone ?

Benoît : Oui bien sûr et c’est le vin c’est un lien c’est en haut. Nous on vend pas un produit on vend un produit qui est tellement impliquant  que quand on ouvre une bouteille de vin à des copains on livre une partie de soi-même c’est-à-dire que les gens qui font confiance dans un vin dans une bouteille ou dans une marque ou dans une famille ils ont l’impression de mettre une partie d’eux sur la table si le vin est pas bon et leur copain l’aime pas ils sont complètement attristé apeuré et donc maintenir ce lien avec ces gens-là c’est les rassurer et donc je ne dis pas qu’on est ami avec nos clients mais on a des liens assez forts.

Antoine : Tu as des clients que tu connais depuis très longtemps ?

Benoît : Je crois que c’est ça qui est génial j’ai des clients qui achètent tous les ans depuis 40 ans la même commande sur les mêmes tous les ans et qui ont des caves je pense notamment un client en Champagne qui s’appelle la famille Primo et  je crois qu’ils ont tous les millésimes de tous les châteaux depuis le début des années 60. Mais ça disparaît un peu ces gens-là on est venu à une consommation beaucoup plus éclectique, moi le premier on n’est plus trop fidèle à un domaine on m’arrachait de temps en temps mais on va chez le caviste du coin pour le dîner du soir on a quelques vins qui vieillissent en cave. Mais moi j’aime beaucoup ces vieilles familles françaises ou ça par l’âge mais par la tradition qui avait un vigneron à Bordeaux un vigneron en Champagne améliorer en Bourgogne tous les ans achetaient des vins assez vieux.

Antoine : On a parlé un peu tout à l’heure quand on était dans les vignes du rapport à l’environnement et au changement climatique de manière générale.

Est ce que tu peux nous en dire un peu plus sur l’impact que ça peut avoir ici, sur ce que tu fais ouais alors le rapport à l’environnement ?

Benoît :  La propriété depuis le départ, on fait attention à ce qu’on fait en terme environnemental moi j’ai arrêté désherbage chimique depuis 2005 donc on a pendant très longtemps travaillé sous le rang avec un tracteur donc à enlever l’herbe mécaniquement. Depuis 2015 on est dehors depuis 2012 on avait une partie du domaine au cheval depuis 2015 on est 100 pourcent travaillé au cheval sous le rang ; on a encore les tracteurs pour tous qui rognage donc voilà et puis je suis certifié avec un label environnemental depuis 2015 qui s’appelle Terra vitis et qui depuis 2018A à une équivalence HVE3. Donc on m’a demander l’équivalence HVE 3 donc haute valeur environnementale de niveau 3. Si on parle un peu de de l’environnement je crois que c’est un sujet majeur aujourd’hui qui concerne non pas que la viticulture mais tout le monde dans son quotidien à la maison ou l’industrie. Enfin je crois que ça fait partie des sujets qui sont aujourd’hui incompréhensibles. Donc par rapport à la discussion oui je me suis arrêté à Terra vitis mais pas que, puisque le travail au cheval ne rentre pas dans le cahier des charges, on a nos propres ruches on fait notre propre miel. Sauf que la production de miel au milieu du vignoble, si on utilise trop de pesticides tout le monde sait pertinemment que les abeilles sont tellement sensibles qu’elles seraient mortes aujourd’hui ou qu’elles ne produiraient pas de miel. Je récupère des eaux de pluie qui sont traitées pour arroser le jardin en partie ou pulvériser les produits de traitement quand il en a besoin. Donc ça c’est en dehors de toutes ces certifications je crois qu’aujourd’hui ce qu’il faut ce qu’il faut retenir de l’effort de la propriété. Ici sur l’environnement c’est un regard global sur l’environnement c’est pas simplement un regard bio qui va ne regarder que les résidus dans la bouteille. C’est à dire que je fais beaucoup de choses mais j’ai encore tellement de choses à faire avant d’être bio c’est un peu la mode de dire je suis bio ou maintenant on en oublie de regarder l’environnement et l’impact global. On sait pertinemment qu’on a envie de culture biologique, on a des doses de cuivre à respecter mais comme ce sont des produits de contact dès qu’il pleut ils sont lessivés donc il faut retraiter. On va donner l’exemple je me disais de l’année dernière ou sans dire de bêtises les traitements de passage au tracteur pour traiter les vignes en bio ont été absolument phénoménaux donc on a un tassement des sols qui va à l’encontre de ce qu’on cherche à faire qui tue la vie micro bactérienne et animale en surface. On a l’utilisation de carburants qui polluent l’environnement alors certes ça te retrouve pas dans les mains et on a le cuivre qui n’ont plus retrouve dans les vins mais qui vient polluer les nappes phréatiques. Cela nous coûte de l’argent par ailleurs donc de l’énergie carbone pour traiter ses eaux donc voilà. Donc je crois que peu importe que l’on choisi peu importe qu’on soit bio, pas bio, ce qu’il faut regarder c’est son l’impact global sur l’environnement et donc du coup moi j’ai fait ce choix de Terra vitis ,qui va très loin dans dans l’approche de la propriété sur l’impact environnemental sur le bien-être des animaux et des employés dans les vignes donc tout est contrôlé au niveau des achats. Donc de la gestion des déchets jusqu’à la mise en bouteille jusqu’au résident la bouteille puisqu’on peut les analyses tous les ans sur le vin nous on est on est on est certifié que pour une année donc tous les ans chaque millésime est remis en cause et en plus de ça je fais hyper attention tous les ans dans le mettre dans la mesure du possible de rajouter le traitement des eaux de pluie une année si je peux voilà et de faire un maximum de petits détails mais qui viennent s’ajouter à un regard global sur l’environnement.

Antoine : Super intéressant d’avoir justement cette approche globale et pas juste se dire je rentre dans les clous d’une certification ou je fais une seule chose.

Benoît : Mais c’est vraiment ça, je crois que tout le monde peut être bio chez soi il suffit d’avoir un peu d’intelligence je préfère quelqu’un qui est locavore que quelqu’un qui va manger du bio d’Argentine. Enfin je veux dire c’est plus je crois on peut s’enfermer derrière des labels alors que c’est simplement du bon sens c’est de la bonne réflexion.

Antoine : Oui, c’est clair il vaut mieux manger une belle entrecôte d’une vache qui habite à côté, dans le pré là juste en bas plutôt que plutôt qu’effectivement des avocats.

Benoît :  Ou des animaux qui sont  tués dans des conditions respectables par ce message je serai un grand défenseur les animaux jusqu’au bout et je déteste tout ce que l’on peut voir sur la condition animale.

Antoine : Tu es végétarien ?

Benoît : Non je suis enfin végétarien mais je sais à qui j’achète ma viande et je préfère ne pas en manger de pas savoir qu’il y a qui qui s’en est occupé voilà c’est je  peux pas travailler avec un cheval dans les vignes avoir le chien que j’ai et être amoureux des animaux et accepter cette maltraitance animale je trouve ça absolument scandaleux.

Antoine :  Tu m’as déjà un peu répondu mais pourquoi le cheval ?

Benoît : Alors plusieurs raisons,  parce que j’ai été un cavalier pendant très longtemps donc autant se faire plaisir donc j’ai adoré l’équitation j’ai dû faire le choix entre une carrière équestre ou de faire des études à un moment donné donc mes parents m’ont fortement conseillé de faire des études et j’ai je pense que j’ai je le regrette pas aujourd’hui. Donc j’ai un amour pour l’animal qui est évident. La 2e raison qui certainement la plus importante parce que c’est celle qui la plus technique c’est que le cheval travaille vraiment avec l’homme donc c’est vraiment un duo c’est une équipe  donc et l’homme n’est pas n’est pas aussi passif que sur un tracteur d’abord on est derrière l’animal donc au lieu que tout ce passe contrôle tout ce qui se passe quand on est sur un tracteur tout est derrière dans 80% des cas on va trouver des exemples pour ça peut être devant eux donc surtout sur des jeunes vignes ou sur le travail du sol on peut régler la profondeur manuellement, la force avec le cheval on abime beaucoup moins les jeunes pied de vigne sur des plantes donc beaucoup donc je trouve ça hyper intéressant et assez précis comme travail. Je trouve que   dans cet esprit un peu environnemental de produire un grand vin, d’avoir 2 énergies ensemble que sont l’homme et l’animal pour aller produire un grand raisin qui fera certainement un très grand vin est  assez magique dans l’image. Puis sincèrement la prochaine fois les travaux seront terminés et on boira un verre de vin sur la terrasse on aura un cheval dans les vignes plutôt qu’un tracteur on passera meilleur moment.

Antoine :  Ça c’est clair je veux bien le croire je serai là pour remplacer sans problème alors pour les personnes qui nous écoutent on est en début du mois de mars 2021 donc ça veut dire que tu es normalement une bonne première vision sur le millésime 2020.

Est ce que tu peux nous en dire un peu plus sur le millésime 2020 ? Alors parce que c’est bientôt les primeurs alors je ne sais pas si les primeurs seront passés ou pas ? On va quand même présenter un primeur, tu es primeur toi ?

Benoît :  Oui bien sûr

Antoine :  Donc c’est directement chez toi du coup qu’il faut appeler ?

Benoît : Oui au consommateur qui vient direct et je vends aussi à des revendeurs partout en Europe qui achètent en primeur et qui revendent eux à leurs clients particuliers. Donc millésime 2020 je crois qu’on a aujourd’hui on peut le dire sans se tromper on a une trilogie à Bordeaux 18-19-20 qui est absolument remarquable j’ai envie de dire qu’on pourrait même avoir un coup de tête puisque on a 15-16 qui sont extraordinaires j’ose pas y mettre 17 mais en réalité les 2017 on a fait que gelé on a produit de très jolis vins en 2017 peut être un peu inférieur en termes de maturité de concentration dans mes 18-19 ans sont de de de très bas de sublime millésime et 2020 on a une grande sécheresse donc on a des rendements qui ont un peu baissé donc on a une concentration un peu plus importante certainement qu’en 2019. Mais je crois qu’on a on a un millésime en tout cas au clos Dubreuil qui va peut être et et je l’espère en tout cas mais en tout cas c’était prometteur pour l’instant être l’un des plus beaux millésimes de la propriété très peu de volume mais très beau millésime de la propriété.

Antoine :  Et bien c’est noté alors le rendez-vous est pris pour eux pour tous les amateurs si vous avez écouté ce podcast avant les primeurs vous savez qu’il y a un très grand millésime qui vous attend. Écoute on a répondu à pas mal de mes questions, je pense qu’on a fait un tour plutôt plutôt sympathique.

Tu as l’air d’avoir quotidien qui est très chargé entre ici et et les les différents travaux la propriété tu tiens le coup ?

Benoît : J’ai l’air d’être fatigué ? non c’est une belle énergie et je me pose pas de questions, je me lève tous les matins 4h30-5h je fais 1h de sport je prends un petit déjeuner je vais bosser et je me couche tôt le soir et je bois du vin tous les jours donc pour ceux que ça intéresse c’est une belle hygiène de vie et ça fonctionne. Après ce ne sont pas des quantités mais j’aime aller à la cave quand je reste chez mes parents au domaine familial puisque ici pour l’instant il y a plus de logement mais ouvrir des vieux millésime vinifié par mon grand-père voir un peu l’évolution, voir comment ça fonctionne, goûter des vins d’autres vignerons parce que ça reste très important et pas forcément de Bordeaux voilà je crois qu’une bouteille doit faire 3-4 jours donc je suis raisonnable.  Je ne parle pas des excès.

Il me reste 3 questions qui sont assez traditionnel dans ce podcast la première c’est est ce que tu as une dégustation coup de coeur récentes ?

Benoit : Est ce que j’ai une dégustation coup de coeur récente à la question est bonne qu’est-ce que j’ai bu récemment, j’ai bu un écoute un un château Larmande donc c’est un vin de Saint Emilion qui m’a vraiment bluffé  on était sur un millésime 89 et c’est vrai que c’est pas un château dont on parle souvent je l’ai goûté plus récemment dans des millésimes plus récents je l’ai trouvé peut être moins intéressant mais en tous les cas ce 89 m’a arrêté.

Antoine :  Entendu, le message est passé donc si vous en avez dans votre cave à vin, n’hésitez pas potentiellement à l’ouvrir et à le déguster.

Est ce que tu as un livre sur le vin me recommander ?

Benoît : Alors j’en ai un :  Trocard vignerons bordelais, un bouquin sur l’histoire de la famille donc il a été romancée et c’est un super bouquin qui explique un peu comment de vignerons paysans à Bordeaux traverse le 16e siècle début 17e et traverse les époques avec le phylloxéra avec les 2 guerres avec les problèmes de génération les problèmes de mauvais millésimes mais comment ils arrivent à se battre et à exister aujourd’hui et avoir un domaine qui reste vigneron mais qui fait beaucoup plus de vin qu’ils en faisaient à l’époque.

Antoine : Formidable et bien écoute c’est noté c’est vendu à la propriété ?

Benoît : À la propriété également en distribution mais c’est un bouquin qui raconte bien l’histoire de Bordeaux en même temps a travers les yeux d’une famille modeste de vignerons paysans. Donc ils sont de ma famille mais je le recommande vraiment parce que c’est d’abord ça se lit très facilement, on apprend beaucoup de choses et on se rend compte que Bordeaux est une richesse absolue de petits vignobles et de petits vignerons qui travaillent comme des dieux.

Antoine : Entendu et bien si vous souhaitez vous le procurer alors normalement il y a un lien dans le dans l’article ou dans la description du podcast ne sera pas le cas mais prenez contact avec Benoit ou envoyer un mail je suppose sur le site internet sur le site de Clos Dubreuil c’est Benoît qui reçoit les mails c’est moi qui répond et sinon envoyez sur réseaux sociaux sans problème et comme ça vous pourrez découvrir justement cette histoire.

Enfin qui devrait être la prochaine personne à être interviewée dans ce podcast ?

Benoît : Il y en a tellement, moi j’aimerais aujourd’hui tirer mon chapeau un jeune vigneron qui mérite d’être connu parce qu’il d’abord c’est un de mes anciens stagiaires donc je suis très fier de lui aujourd’hui il fait des vins qui sont absolument géniaux et qui vignerons en Champagne qui s’appelle Cédric Moussé et je fais je crois qu’il fait partie il travaillait à l’époque en 99 avec Cédric Laure. Ils ont  été  certainement le duo le plus magique qu’on a eu sur un millésime 99. On a dû décuver pour recuver et Cédric a repris la propriété familiale de ses parents qui étaient des copains plus ou moins de mes grands parents mais on se fréquentait pas spécialement et il en a fait un champagne extraordinaire et qui mérite d’être connu donc je penserai quelqu’un qui serait très bien ma place aujourd’hui entendu et bah écoute je manquerai pas de prendre contact avec lui été en Champagne.  .

Antoine : Merci à toi pour ce temps c’était un plaisir de venir à ta rencontre de voir tout ce que je dirai partager ici et également de déguster le clos Dubreuil qu’on a eu la chance d’ouvrir ici en en 2010 qui était un pur délice donc on s’est régalé merci pour ton accueil à très bientôt j’espère à bientôt oui je manquerai pas de revenir pour l’ouverture quand ce hameau sera prêt et merci pour ce temps là au personnes qui nous écoutent n’oubliez pas de partager ce podcast à vos proches ou personnes qui aiment le vin si vous êtes encore là vous avez sûrement aimer ce podcast alors mettez lui la note de 5 étoiles c’est important pour le faire remonter dans les classements et je vous dis à très bientôt Benoit encore merci et à toi bonne journée.

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