Épisode #24 – Jean Esprit, domaine Esprit

Épisode #24 – Jean Esprit, domaine Esprit

Pour ce 23e épisode du Wine Makers Show, Vin sur Vin part à la rencontre de Jean Esprit. À la tête du Domaine Esprit depuis quelques années, Jean nous raconte son installation et la transformation de la propriété familiale.

Est-ce que tu peux commencer par te présenter ?

Je suis Jean Esprit, 5e génération sur la propriété familiale. Nous sommes en appellation Crozes Hermitage sur la commune de Pont de l’Isère.

Le vin a toujours été une passion pour toi ?

C’est mon arrière arrière grand père qui a démarré l’activité en 1909. On a toujours eu un vignoble. Ils faisaient leur propre vin à l’époque. C’est toutefois avec mon père que j’ai appris le vin. Je me suis formé par la suite. Cela fait 15 ans que j’étudie le vin et que je forme. Depuis 2017, je me suis lancé en créant notre marque et notre gamme.

Est-ce que tu peux m’en dire plus sur tes formations ?

J’ai eu la chance très jeune d’avoir une approche envers la nature. Dès la fin du collège je suis parti dans le milieu viticole. J’ai fait deux ans dans le secteur de Chateauneuf du Pape. Ensuite, j’ai fait deux ans à Beaune en Bourgogne où j’ai appris beaucoup de choses et j’ai pu faire de belles rencontres. J’ai fini ensuite sur Montpellier dans le Languedoc avec des choses complémentaires et poussées.

J’ai travaillé dans différentes maisons et caves, notamment chez Chapoutier et chez d’autres confrères dans la région. Je suis parti en Provence pour faire du Rosé. Je suis parti à l’étranger, principalement en Nouvelle Zélande. J’y ai appris une philosophie au travail différente de la France. On avait un esprit au niveau travail très sain et très motivant.

Tu avais déjà pour idée de reprendre la maison familiale ?

Ça fait près de 10 ans qu’on a ça en tête. J’ai voulu démarrer l’activité. Mon père était à 300% pour me suivre. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on construit quelque chose, il faut y réfléchir et tout élaborer. Ce sont des choses qui mettent du temps à émerger.

Quels sont les éléments de tes expériences que tu retiens et dont tu te sers aujourd’hui ?

J’ai une grande diversité d’expériences. J’ai vu plein de choses et je peux piocher à droite et à gauche pour me faire ma propre idée et ma propre conception du vin. Un vin représente la personne. Cela ne peut pas aller dans un autre sens.

Combien de temps ça a pris pour se concrétiser ici ? Que faut il avant de se lancer dans l’aventure ?

Je pense qu’il faut déjà avoir une formation. Tout le monde peut faire du vin mais il y a des choses à maitriser et à connaitre. Pour cela il faut pratiquer les vendanges et les vinifications. J’ai vu les différentes étapes de vinification chez différents vignerons. Ensuite, il faut aller voir sa banque forcément donc il faut prendre le temps de chiffrer et l’investissement doit être bien réfléchi.

C’est quoi la première brique du projet ?

Quand les pelleteuses arrivent et qu’on commence à creuser on réalise. On a une propriété avec un corps de ferme et le vignoble autour. C’est une chance de pouvoir aller sur son lieu de travail juste à côté. Quand on voit ces pelleteuses, on a encore du mal à réaliser. Ce qui est impressionnant c’est quand on a les bouteilles dans les mains, que la commercialisation commence et qu’on obtient aussi des premières récompenses.

Il y a eu un an de conception, un an de construction et nos premières vendanges datent de 2017. Traditionnellement on vendait les vendanges à d’autres maisons. Aujourd’hui on transforme nous mêmes nos raisins.

Quelle était la réaction autour de toi ?

Pour moi c’était une évidence pour mon père également. Pour d’autres personnes il y avait surement un peu de crainte et d’incertitude. C’est un projet de vie, on ne fait pas une cave comme ça pour le plaisir. C’est un métier passion sinon ça ne fonctionne pas. Une fois qu’on a de bons retours, les personnes craintives sont ensuite fières et deviennent de vrais ambassadeurs de nos produits.

Est-ce que tu savais déjà ce que tu voulais faire comme vin ou pas du tout ?

Je suis quelqu’un d’assez carré et j’ai mes idées. J’avais ma vision des choses. Cela étant dit, le premier millésime reste une découverte. Je ne connaissais pas le potentiel de toutes mes parcelles. On les a toutes testées. J’ai plutôt eu de bonnes surprises, notamment grâce à nos vieilles vignes.

Est-ce que tu peux nous parler de la structuration du vignoble ?

Nous avons 15 hectares en Crozes Hermitage dont 14 en rouge avec de la Syrah et 1 hectare en blanc issu de Marsanne et Roussane. Notre vignoble est divisée en trois parties : on a des vignes qui ont autour de 70/80 ans, les plus vieilles ont eu 100 ans, on a un autre tiers avec des vignes âgées d’une quarantaine d’années et j’ai planté un autre tiers avec des jeunes vignes.

Tout ça nous donne trois cuvées, est-ce que tu peux nous en parler ?

On a trois rouges. La première cuvée s’appelle Esprit. C’est un sur lequel on est sur la finesse. C’est le vin plaisant entre amis avec une belle souplesse. On a ensuite la cuvée Perle Noir issue de nos vignes d’une quarantaine d’année. C’est une cuvée avec un peu plus de structure. Cette cuvée connait aussi un an d’élevage en fut. Perle noir c’est un peu la photo de Crozes Hermitage. C’est très représentatif de l’appellation. Pour finir, bien sûr, on a notre cuvée emblématique avec Le Zouave qui fait hommage à mon arrière arrière grand père. C’est lui qui, en 1909, en rentrant du 4e régiment des zouaves s’installe ici et commence à planter les premières vignes. On a encore des vignes de son époque qui sont là. On a repris la photo de son régiment pour le mettre en avant sur l’étiquette. En blanc on a la cuvée Perle d’Ivoire qui peut accompagner de jolis plats mais aussi être servi à l’apéritif. Il est très polyvalent.

Domaine Eprit - Le Zouave

Un mot sur l’étiquette des bouteilles, la photo de ton arrière arrière grand père n’est pas le seul hommage

Sur notre première cuvée en Crozes Hermitage rouge, la cuvée Esprit, on a repris la signature de ma grand-mère. C’est une écriture à l’ancienne et on a voulu faire un clin d’oeil. Sur Perle Noir et Perle d’Ivoire on a mis en avant le domaine. Le nom de perle vient plutot des vendanges lors de la réception on a vraiment des petites billes. C’est ce côté précieux qui nous plaisait.

Par ailleurs, vous travaillez le vignoble en bio

Au niveau du vignoble, on travaille nos sols avec des systèmes de labour, on apporte de la matière naturelle. On est sur des sols assez drainants avec des galets roulés qui recouvrent nos terrasses. On a ensuite 25 mètres de gravier en dessous. Ce sont des sols très vite secs qui ont besoin d’un peu de matière. On limite grandement les intrants et on se concentre sur des éléments biologiques. Au niveau analytique on pourrait être labellisé vin bio et biodynamie. Le vin c’est la vie et pour ça il faut un équilibre et des échanges.

Notre sol est typique de l’appellation avec des galets roulés déposés sur nos terrasses. Ce qui est intéressant c’est qu’en journée ils conservent la chaleur. Celle-ci est restituée aux raisins pendant la nuit. On est souvent les premiers à vendanger : ça favorise une maturité précoce.

Comment tu vinifies ici ?

On est sur une vinification traditionnelle mais on intervient le moins possible. Un grand vin c’est du raisin. Il faut un super raisin, vous avez fait 70% du vin. Si la qualité du raisin est maitrisée, le vin suit généralement. Il faut ensuite adapter un peu les températures mais la base c’est le raisin. Le reste est minime.

À quoi ressemble ton quotidien aujourd’hui ?

Notre superficie progresse d’année en année et on a beaucoup de choses à faire partout. Heureusement que mon père m’aide sur le domaine. On s’adapte pour pouvoir évoluer et grandir dans de bonnes conditions.

Historiquement il y avait beaucoup de viticultures dans le secteur. On a donc pu planter de nouvelles vignes avec un terroir pas encore exploité. On a toujours plein d’idées. On a eu l’opportunité d’acquérir dans le centre historique de Cornas une petite parcelle. C’est vraiment un petit bijou à forte pente avec une belle exposition et un bel ensoleillement. On est impatient de vous le présenter.

Domaine Esprit - Chai - cuves inox

Qu’est-ce qu’il faut te souhaiter dans les 10 prochaines années ?

Je pense que si on veut arriver à rester dans un contexte simple, sain et arriver à gérer sa production, une vingtaine d’hectares restent possible. Au delà on part dans d’autres sphères et d’autres univers et ce n’est pas mon objectif. Je veux rester sur une entité moyenne et familiale. On souhaite conserver cet environnement. On veut faire de la haute couture.

Où est-ce que je peux trouver tes vins ?

Chez les étoilés et la belle bistronomie. Chez des cavistes également. On a mis en place un système de vente en ligne également. Ensuite, les gens peuvent venir nous voir au domaine. La cave est toujours ouverte mais il faut passer un coup de fil ou un mail. Le rendez vous est pris pour nourrir vos soifs d’oenotourisme.

Pour contacter Jean Esprit :

Tu as très vite eu des récompenses pour tes vins ?

On a été coup de coeur du guide hachette dès le premier millésime avec deux étoiles. Ça nous a donné un beau coup de projecteur. On a eu d’autres récompenses au niveau local car on n’est pas les plus connus sur le secteur. Ce qui est important c’est que les gens goutent les vins. On a aussi un peu de retombées avec des touristes qui viennent nous voir, principalement des américains et des personnes d’Europe du Nord.

Comment tu caractériserais tes vins en une phrase ?

C’est difficile ça. J’essaye de faire des vins qui me ressemblent. Du fruit, de la structure, quelque chose de frais et soyeux et dont on se rappelle. La créativité me tient beaucoup à coeur pour mes vins.

Est-ce que tu as du recul sur le vieillissement de ton vin ?

On a toujours fait du vin à la maison donc on a une bonne visibilité sur une dizaine d’années de recul. On peut aussi comparer avec ce que font mes voisins de parcelles. Nos vins peuvent être consommés pendant leur jeunesse mais si vous pouvez les attendre quelques années. On peut faire vieillir 10 à 15 ans dans une cave à vin sans problème.

Si tu avais un conseil à donner à un jeune vigneron qui veut s’installer, qu’est-ce que ce serait ?

Il faut voyager, tester et comprendre. Quand on fait un vin, on fait un vin qui correspond à soit même. Ça se murit sur plusieurs années.

Est-ce que tu as un livre sur le vin à me recommander ?

Il y a plein de livres sur le vin. Nous faisons partis des vignerons indépendants et avons fait faire un livre qui s’appelle Fascinante Drôme et reprend ces différents domaines avec leur histoire. C’est un bel ouvrage aux éditions du Sud Ouest.

Acheter Fascinante Drôme

Est-ce que tu as une dégustation coup de coeur récente ?

C’était un Vosne Romanée avec une très belle structure et une magnifique finesse. On le pensait étaient mais pas du tout. Belle découverte.

Qui devrait être mon prochain invité ?

Je pense à un confrère de la rive droite, c’est le domaine Jolivet en Saint Joseph.

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