Épisode #21 – Agathe Portail, l’année du gel

Épisode #21 – Agathe Portail, l’année du gel

Lors de ma rencontre avec Caroline Decoster du château Fleur Cardinale, Caroline nous a chaudement recommander de rencontrer Agathe Portail, auteure de l’Année du Gel : un polar sur un crime au milieu d’un vignobles. Le temps pour moi de me procurer son livre et de le lire, je vous propose cette nouvelle interview. L’année du gel n’est pas un livre sur le vin mais n’en est pas loin tout de même puisque l’intrigue met en scène un groupe d’amis partant en vacances au coeur d’un vignoble. Bonne écoute !

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Est-ce que tu peux commencer par te présenter ?

Je suis Agathe, j’ai 35 ans et j’ai 4 enfants. Nous sommes dans l’entre deux mers. Mon mari travail dans le vin et j’ai quitté ma carrière dans le web marketing pour me reconvertir dans le vin. Mon mari est plutot tourné vers les grands crus. Je n’ai pas pris le même chemin car ce qui me touche le plus c’est le travail de la vigne par les agriculteurs. C’est pour ça que je me suis retrouvée à travailler au marketing dans une coopérative viticole de l’entre-deux-mers.

Je suis arrivée il y a 8 ans. On nous avait dit que Bordeaux était extrêmement fermés, ce n’est pas vrai. On s’est très vite fait des amis. Le territoire girondin est une très belle terre d’accueil. L’aventure littéraire est arrivée pendant mon congé maternité.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette coopérative ?

La coopérative de Sauveterre Blasimon Espiet regroupait plusieurs caves. C’est la première productrice en volume de l’appellation Bordeaux et leader en volume de crémant de Bordeaux. Je m’occupais aussi de marketing. Une des grandes problématiques des caves coopératives est de garder le lien avec ses adhérents. J’ai fait beaucoup de communication interne en interviewant les gens et leur faire prendre conscience de la beauté de leur métier. Je m’attachais les rendre fiers de ce qu’ils font.

Est-ce que tu peux nous expliquer le fonctionnement d’une coopérative ?

Une coopérative ce sont des producteurs qui s’unissent pour mutualiser les moyens de vinification de la production. Ils s’offrent des moyens, des oenologues et une structure commerciale pour mettre en marché le vin. À la cave coopérative de Sauveterre il y a une cuverie monumentale et tout ça appartient aux viticulteurs. Le produit des ventes sert à rémunérer le viticulteur.

Comment ça se passe quand tu arrives ?

Je connaissais le monde agricole en Mayenne et la réaction de l’agriculteur face à une Parisienne qui arrive en ballerine. Quand on sait les écouter, ce sont des personnes incroyables. Il y a une vraie générosité. Ça m’a étonné mais pas surprise. J’ai aussi été impressionnée par les volumes et les millions de bouteilles qui sortent des coopératives. Je me suis aperçu que le travail qui y est fait est de qualité.

Pourquoi écrire un roman ?

J’ai toujours écrit. J’ai fait une filière littéraire et comme j’ai du mal à exprimer mes émotions je passe beaucoup par l’écrit. Les idées de ce roman me sont venues pendant la période de gel de 2017 quand j’ai vu l’impact que ça a pu avoir sur les producteurs. L’angoisse de se demander comment ils allaient faire. Je voulais donc donner une voix à ces gens là.

Un épisode comme le gel a un gros potentiel d’émotions et donc un gros potentiel romanesque qui a un intérêt quand on écrit une histoire. J’ai donc inventé à partir de quelques petites phrases qu’on m’a dites comme : « le drame des viti aujourd’hui c’est le bâti ». Ou alors « moi la vigne je trouve que c’est une plante magnifique et quand je taille j’ai l’impression d’être un artiste ». Ces petites phrases, mises bout à bout, m’ont donné des idées.

J’aime beaucoup lire des Polars parce que c’est une bonne manière de faire passer des messages. Il y a souvent un sous texte dans les polars qui sont très intéressants.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta technique d’écriture ?

Je me suis beaucoup inspiré de Joel Dicker et son livre « La vérité sur l’affaire Harry Quebert ». Entre chaque chapitre, l’auteur donne un conseil d’écriture. Il y en avait un qui disait : « quand vous avez une bonne histoire, ne l’écrivez pas tout de suite. Laissez la bouillonnez ». Je me suis interdite d’écrire pendant deux mois alors que j’avais l’histoire. J’ai fait des schémas, bien sûr. Mais pendant 2 mois, j’ai laissé l’ébullition. Grâce à ces deux mois, les mauvaises idées s’en vont et les bonne idées forment une structure solide. J’ai ensuite écrit le résumé de l’histoire. J’ai construit chaque personnage sur excel. Il faut forcément leur inventer des gouts et des dégouts, un profil, une histoire, etc.

Ensuite j’ai fait mon séquençage. Toujours sur excel, je construit tous les noeuds sur excel et je vais devoir les dénouer dans l’histoire. Il faut fonctionner avec une architecture invisible.

Est-ce que tu as un petit rituel d’écriture ?

J’adore écrire au lit. Mon mari m’a offert une plateforme pour écrire au lit et je m’en sers beaucoup.

Est-ce que tu peux nous parler de tes recherches ?

J’ai écrit sur ce que je connaissais. J’avais passé beaucoup de temps à la vigne avec les viti donc tout ce qui était taille, saisonnalité des travaux, etc j’ai pu l’observer. Pour le côté viti je n’ai pas fait beaucoup de recherches. Par contre je ne connaissais rien à la procédure d’enquête. Heureusement j’ai un ami gendarme qui m’a beaucoup aidé. J’avais le désir de faire aimer le personnage du gendarme qui est un acteur incontournable de la vie sociale en campagne.

J’ai décrit les paysages de l’entre deux mers mais je défie quiconque de me dire exactement où est Lafontac. Je ne voulais pas pointer une appellation parce qu’il y a quelques histoires de malversations dans l’histoire.

La question des débouchés économiques pour les viticulteurs est très présente dans ton livre

En coopérative, les débouchés économiques sont gérés par une équipe commerciale. Je me suis inspiré de quelques amis qui sont en chai particulier et qui doivent porter leur exploitation.

Je me rends compte que je ne t’ai pas demandé de présenter l’ouvrage. Est-ce que tu peux présenter l’année du gel ?

L’année du gel est un roman policier qui se déroule dans un territoire viticole. On va rentrer dans l’intimité de la famille Mazet qui, pour essayer de maintenir le gros château familial à flot, ne peut plus se contenter des ressources de la vigne. Elle va donc accueillir un groupe de trentenaires qui se retrouvent une fois par an entre vieux copains d’école. Dans ce groupe d’amis, 10 ans après la fin des études, chacun a pris sa voie et ça devient difficile de garder les atomes crochus du départ. On va retrouver un cadavre dans la chambre froide du château. L’enquête va être menée par la brigade territoriale de la gendarmerie et le major Demberailh qui va devoir gérer les problèmes des défis de loyauté et de sa tante qui était sur les lieux au moment du meurtre.

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Ces personnes d’école qui se retrouvent, ça te correspond ?

On n’a pas de rituel fixe. Mais ce qu’on observe c’est que 10 ans après la fin de nos études on a tous pris des directions différentes. Il y a forcément des petites inspirations de mes camarades d’école.

L’oenotourisme, c’est quelque chose que tu constates ici ?

C’est un super axe de développement quand on est soit même une zone touristique ou quand on en est proche. La problématique de l’entre deux mers profond c’est qu’on bénéficie peu de l’aura de Bordeaux, c’est trop loin. L’oenotourisme est présenté comme un axe de développement intéressant n’est pas adapté à tous et demande beaucoup de temps. Quand on est viticulteur, on ne peut pas tout faire.

Est-ce que tu as eu des retours de personnes dans le monde du vin ?

J’ai eu des retours de la cave coopérative. Ils m’ont écrit « merci de parler de nous et pas des grands crus ». Ça a été un choc émotionnel pour eux de voir qu’on parle d’eux alors qu’ils sont souvent éclipsés. J’ai eu des retours très sympas de viticulteurs en Bourgogne aussi qui m’ont dit que je parlais bien du gel et de l’angoisse qu’ils ressentent. C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire.

La transmission est aussi quelque chose d’important dans le roman

La transmission c’est toujours compliqué. Quand on parle de foncier, on ne transmet pas une voiture. C’est une transmission qui implique les tripes. Ça peut mal se passer ou ça peut être très pesant pour la personne qui doit reprendre. C’est un très beau cadeau mais qui peut être empoisonné. Cette histoire de transmettre se pose pour beaucoup de choses qui nous dépassent et qui dépassent l’échelle d’une vie individuelle.

Est-ce que tu peux nous parler de la collection Territoires de chez Calmann Levy ?

La collection territoire fête ses 10 ans et a été créé par Jeannine Balland. Elle s’est longtemps appelée « France de toujours et d’aujourd’hui ». La collection a pour volonté de mettre du contemporain dans l’histoire des territoires.  Il y a un renouveau de l’intérêt des lecteurs pour la littérature régionale. Je mettrai ça pas mal en relation avec le succès de certaines chansons populaires très régionales. Je pense que ça répond à un besoin de réancrage de la civilisation urbaine. La collection est super riche avec de très belles plumes.

Comment se passe la publication ?

J’écris tout le manuscrit et je l’ai envoyé. Trois semaines après j’ai eu un coup de fil de l’éditeur qui souhaitait retravailler certaines choses avec moi. C’est une super aventure et le regard de l’éditeur était incroyable. J’ai un roman qui est en relecture et qui sortira l’année prochaine mais ce ne sera pas dans les vignes mais qui évoque les start up et le miel. Celui que j’écris en ce moment se passe en ce moment dans une tonnellerie.

Qu’est-ce qui est vrai dans ton livre ?

Les ponts sur la Garonne sont bien en fer. Il y a vraiment des gens qui meurent dans les cuves chaque année. Après le gel il y a eu deux camps entre les viticulteurs qui étaient complètement découragés et les autres qui voulaient repartir au propre. Il y a vraiment eu les défaitistes et les acharnés.

Est-ce que tu as un livre sur le vin à me recommander ?

Je recommande Château Bordeaux pour découvrir le vin et surtout l’articulation de la place de Bordeaux. La présentation est très ludique. Pour découvrir l’activité de négociant, vous pouvez écouter l’épisode avec Emmanuel Coiffe de chez Eugen Grand Vin.

Tu as une dégustation coup de coeur récente ?

Je bois beaucoup de vins de Loire. J’adore les vins d’Auvergne. J’invite tout le monde à gouter des Chiroubles qui sont tous incroyables.

Qui est-ce que je devrais interviewer dans la suite ?

Je te recommande Jacquelin de Pracomtal sur son activité de tonnellerie et sur les reprises familiales. Je te recommande aussi Bénédice qui est très sympathique et qui est oenologue en coopérative. Je te recommande aussi Dominique Furlan pour en savoir plus sur le crémant de Bordeaux et sur les coopératives.

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