Épisode 18 – Laurent Pfeffer, Catleya Wines

Épisode 18 – Laurent Pfeffer, Catleya Wines

Pour ce 18e épisode du Wine Makers Show, nous partons à la rencontre de Laurent. Après un voyage d’étude, il se lance le pari fou d’acheter des terres en Roumanie et d’y lancer son vin. Aujourd’hui, nous revenons donc sur la création et le développement du domaine de Catleya. De notre côté, on a eu la chance de gouter les vins de Laurent et on s’est régalé. On vous invite donc à suivre de près ce domaine qui n’a pas fini de nous surprendre.

Laurent, est-ce que tu peux commencer par te présenter ?

Bien sûr. Je suis Laurent Pfeffer. J’ai passé une bonne partie de ma jeunesse à Versailles donc je n’avais pas de lien direct avec le vin. Mais j’ai toujours aimé être à la campagne et j’ai toujours eu le souhait de travailler dans le monde agricole. J’ai donc fait la fac de biologie de Versailles et à l’ENITA de Bordeaux. En dernière année, on peut se diriger vers l’option viticulture et oenologie. C’est ce que j’ai choisi de faire et je ne le regrette pas du tout aujourd’hui.

Tout ça m’a amené par plein de péripéties à planter des vignes en Roumanie et à créer le domaine de Catleya. Aujourd’hui j’ai 44 ans et ça fait 12 ans que je suis en Roumanie et que je développe ce domaine.

Comment t’est venue la passion de l’agriculture ?

J’ai passé toutes mes vacances dans une ferme dans le Poitou quand j’étais jeune. C’était une ferme polyculture avec un élevage de chèvres. C’était un véritable plaisir. Je ne voulais pas travailler dans un bureau. Je voulais travailler en plein air le plus possible et dans le monde agricole. C’est vraiment en arrivant à l’ENITA de Bordeaux que je me suis rendu compte que la viticulture était faite pour moi.

Tu es venu très tard au vin au final

Oui. Mon grand père appréciait beaucoup le vin mais on ne peut pas dire que ce soit mon cadre familial qui m’ait pousser dans ce milieu. Ce sont les différents choix qui se sont présentés à moi et les amis que je me suis fait à Bordeaux qui ont fait venir cette passion du vin. C’est devenu une évidence.

Qu’est-ce que tu apprends sur la viticulture pendant cette année d’option ?

Dès ma première année, j’ai fait un stage dans un vignoble. Le château Laujac en l’occurence. J’ai passé un excellent stage. Ensuite, je suis parti au Canada. Il y a peu de lien avec la viticulture (quoiqu’ils ont des vins de glace).

En dernière année, il y avait une coopération décentralisée entre la région Nouvelle Aquitaine et la région Roumaine de Galatz sur deux axes : la viticulture et la médecine. Dans ce cadre là, un stage de viticulture oenologie est proposé à deux étudiants. J’y ai donc participé. J’ai passé quatre mois sur place en Roumanie. C’était un coup de coeur sur le pays, notamment grâce au responsable du vignoble. Il nous a baladé dans une grande partie de la Roumaine et on s’est grandement entendu avec lui, à tel point que c’est aujourd’hui le parrain de ma fille.

On a vraiment découvert un pays avec un potentiel viticole sous évalué. On avait un peu la blague de faire quelque chose avec mon collègue pendant le voyage. En revenant, j’étais en contact avec Frédéric Vauthier qui est propriétaire du Château Lucas à Lussac Saint Emilion. Il cherchait des opportunités d’investissement à l’étranger. On lui a raconté notre séjour et a conclu qu’il y avait un potentiel. Ça commencé comme ça.

Vous vous lancez donc dans l’aventure

En janvier 2007, je décide de partir en Roumanie pour chercher des terres. Évidemment, j’ai commencé par travailler avec le parrain de ma fille. Ça n’a pas marché car le territoire est très pauvre et un peu déprimant. J’ai commencé à me balader partout en Roumanie mais c’est très dur. Il faut connaitre les bonnes personnes.

Au bout d’un moment, je me suis dit : soit je trouve du boulot, soit je rentre en France. On rencontre un Roumain parfaitement francophone à Corcova. Il avait acheter des terres et des bâtiments mais il avait peu de formation. J’étais disponible pour travailler. On avait donc un gentleman agreement : je travaillais pour lui mais il nous aidait à trouver des terres.

La recherche de terres dure 7 mois : il faut les bonnes relations et les bons contacts.

Après la chute du communisme en Roumanie, ils ont rétrocédé les terrains. Pour le pas faire de jaloux, ils ont rétrocédé des terrains qui allaient de la rivière à la colline. Sur un terrain que je souhaitais, il y avait près de 60 propriétaires pour quelques hectares. La succession est souvent compliquée également car les Roumains ne sont pas obligés de faire leur succession. Quand tu veux acheter un terrain ancien, il faut trouver les titres de propriétaires, il faut tous se mettre d’accord, passer devant le notaire, etc. Ça peut être un cauchemar.

Comment étaient les terres quand tu as commencé à les travailler ?

L’historique de la zone est très intéressant. À la base, c’est le prince Bibesco qui avait une grande propriété à Corcova avec plus de 3000 hectares de culture. C’était entre 1900 et 1945. Ça s’est beaucoup développé et a développé la viticulture. À l’arrive des communistes, le domaine est passé en ferme collective. Depuis 1989 ça s’est effondré tout doucement. En 2005, sur 400 hectares de vignes il en restait 12 en état très moyen.

Cherban arrive en 2005 et achète ces 12 hectares et la cave. Quand je suis arrivé il était à 25 hectares et commençait à avoir envie de rénover la cave. Elle est aujourd’hui fonctionnelle.

J’étais jeune diplomé et c’était pour moi une expérience incroyable car j’ai pu tout faire : la plantation, le palissage, le choix de porte-greffe, une rénovation de cave sur un bâtiment existant. En parallèle, on plantait les premières vignes pour Catleya. Plus personne ne connaissant le nom de Corcova comme zone viticole. On a redonné à cette région ses lettres de noblesse.

Combien as tu d’hectares en culture à Catleya ?

J’ai 14,5 hectares. C’est petit à l’échelle de la Roumanie. Depuis 1 ou 2 ans on voit quelques domaines de moins de 20 hectares apparaitre mais jusqu’à présent un petit domaine c’est 100 hectares. Il y a encore des monstres de l’époque communiste avec des domaines de 3000 à 5000 hectares.

Est-ce que tu peux nous parler un peu de tes vins ?

Le premier point qui est très positif pour la Roumanie est la présence de cépages autochtones de grande qualité et sous reconnus dans le monde. Notre projet initial était de planter majoritairement du cépage autochtone. Il y a très peu de clones sur ces cépages. Le cépage phare est la Fretaesca Negra.

On a commencé avec des cépages internationaux pour se sécuriser. En 2015, on a planté les cépages roumains : Fretaesca Negra, Fretaesca Alba, Fretaesca Regala.

Depuis 2 ans j’ai donc des vins avec des cépages roumains et j’en suis ravi. J’espère en avoir encore plus dans les années qui viennent.

 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par vinsurvin (@vin_survin) le


On a 3 gammes. L’entrée de gamme s’appelle Freamat. Cela signifie le bruissement des feuilles, le frisson quand on tombe amoureux. C’est un mot très poétique et peu traductible en français. Pas du tout de bois sur cette gamme. Le blanc est fait avec des cépages autochtones.

On a ensuite une gamme intermédiaire avec Perfect Simplu, c’est-à-dire passé simple. C’est un hommage à notre région dans la Roumanie car ils n’utilisent pas le passé composé ici. C’est un vin monocépage.

Le haut de gamme s’appelle Épopée. Ce sont des micro cuvées avec les meilleures années et les meilleurs raisins. On limite la production à 3000 cols.

NDLR : On a gouté les vins de Laurent et c’est très clairement une grande réussite. Ses bouteilles pourront rapidement rejoindre votre cave à vin.

Comment est-ce qu’on trouve tes vins ?

Il y a un stock de vin à Bordeaux et on est listé dans quelques restaurants. On a un site internet où il est possible de commander en ligne.

Depuis qu’on a des cépages roumains, il y a une vraie curiosité sur des consommateurs sur notre vin. Je suis donc en recherche d’un distributeur mais je n’en ai pas encore trouvé en France.

Pour un client qui souhaite acheter du vin en France, il y a une boutique en ligne.

Découvrir le domaine de Catleya

À quoi ressemble la consommation de vin en Roumanie ?

Ça va dans la bonne direction. La Roumanie est un pays d’extrême. Il y a une population urbaine assez jeune avec des grosses boites informatiques et des salaires plus élevées que la moyenne. Il y avait même une boite de nuit qui ne servait que du vin. À l’inverse, à la campagne, il y a encore beaucoup de petites fermes avec la petite vigne et qui produisent leur vin à base d’hybride et adorent leur vin.

Côté production, tu constates un développement ?

Oui, c’est vraiment le côté positif de l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne. Les domaines qualitatifs avec des investisseurs étrangers apparaissent depuis 2007. Ce n’est pas encore suffisant. Il y a des mastodontes qui font 3000 hectares. En nombre de producteurs, on doit être 200 à 300 en tout. Il y a encore de la place. Mon regret c’est qu’il y a très peu d’investisseurs français en Roumanie.

Est-ce que le changement climatique est une préoccupation importante dans le vin en Roumanie ?

Pour moi oui. Depuis 2012, pratiquement tous les ans, j’ai eu un événement climatique grave et important. Il a toujours fait froid l’hiver en Roumanie. La nouveauté c’est qu’il n’y a plus de strate neigeuse pour protéger la vigne. On a des hivers très froids et il ne neige plus beaucoup.

C’est quoi le futur pour Catleya ?

Jusqu’à l’année dernière, je travaillais pour Cherban et je travaillais en parallèle pour Catleya. Depuis l’année dernière j’ai fini de rénover la cave de Catleya et j’ai démissionné de mon travail avec Cherban. Je suis maintenant à 100% pour faire le vin et le faire découvrir en Roumanie et dans d’autres pays. Le fait d’avoir des cépages autochtones est un atout important. Je voudrais aussi beaucoup développer le tourisme oenologique dans la région. Il n’y a pas encore assez d’infrastructures mais je voudrai vraiment développer cet aspect là.

Pour contacter Laurent :

Est-ce que tu as un livre à me recommander sur le vin ?

C’est indirectement un livre mais c’est plus un outil pour progresser. Ça s’appelle le nez du vin avec les arômes et les fiches descriptives. Je l’utilise énormément et je l’utilise avec mes filles. Je conseille à toute personne passionnée par le vin d’investir.

Acheter le nez du vin

Je recommande aussi, bien sûr, de vous replonger dans à la recherche du temps perdu.

Est-ce que tu as une dégustation coup de coeur ?

Pas récente mais je souhaite dire un mot sur le château Lucas de Frédéric Vauthier. J’ai eu la chance d’ouvrir une bouteille de 2009 qui était encore bien frais, qui pouvait bien vieillir. Ça m’a replongé dans mes jeunes années d’étudiants.

Est-ce que tu as une personne à me recommander pour mes prochaines interviews ?

Oui, j’ai eu la visite de Jean-Baptise Ancelot qui s’est lancé dans le projet de tour du monde des vignobles. Il a créé Wine Explorers.


Le vin en Roumanie n’a maintenant plus de secret pour vous. Nous sommes ravis de vous avoir appris les dessous de cette région viticole encore souvent méconnue mais dans laquelle vous pourrez trouver de véritables pépites : comme le vin de Laurent. Toutefois, nous pouvons vous apporter beaucoup plus. Bonne nouvelle, vous pouvez rejoindre gratuitement le club et apprendre le vin.

Rejoindre le Club de Vin sur Vin

Laisser un commentaire