Épisode #35 – Diane, alias Dalkia loves wine : vin et Instagram

Épisode #35 – Diane, alias Dalkia loves wine : vin et Instagram

Pour le 35e épisode du Wine Makers Show, nous avons choisi de vous emmener à la découverte d’un univers encore peu exploré : celui de la communication et des réseaux sociaux dans le vin. Instagram comptabilise, rien qu’en France, plus de 22 millions d’utilisateurs et il s’agit d’un des réseaux sociaux les plus utilisés au monde. Partez donc à la rencontre de Diane, alias Dalkia loves Wine, et de son parcours sur la plateforme.

 

Bonjour Diane. Aujourd’hui, tu es la première influenceuse / créatrice de contenu que je reçois ici. Est-ce que tu peux commencer par te présenter ?

Je m’appelle Diane, mais la plupart des gens me connaissent sous le nom de Dalkia, qui est un surnom hérité de mon école d’ingénieur et que j’ai utilisé pour être présente sur les réseaux sociaux. Je suis influenceuse, créatrice de contenus, essentiellement sur le réseau Instagram, et j’ai également un blog qui s’appelle Dalkia loves wine, comme le compte instagram, mais qui me permet de partager plein de choses autour de l’oenotourisme, du vins, de mes découvertes, des magnifiques terroirs qu’on a en France.

Comment la passion du vin t’es venue ?

La passion du vin je l’ai depuis longtemps, mais j’ai commencé à travailler dans le vin assez tard. J’ai fait mes études en lien avec le vin, mais toujours en choisissant des cursus qui n’étaient pas dans le vin: j’ai fait une prépa BCPST et une école d’ingénieur agricole. Plutôt que de faire l’option vit-eono, je suis allé sur une option de production végétale sans toucher à la vigne, en me disant à chaque fois “je vais garder le vin en centre d’intérêt, en passion, mais je ne vais pas en faire ma carrière”. Je continuais à faire mes découvertes sur le vin en parallèle. J’ai fait un premier travail en tant qu’acheteuse alimentaire pour la grande distribution, jusqu’à ce que j’ai une opportunité pour travailler dans le vin. Quand on commence à mettre un pied dans le milieu professionnel du vin, là ça a été une vraie explosion et je me suis rendue compte que la passion je l’avais vraiment chevillée au corps.

Sur la passion en tant que telle, sur le produit, comment ça s’est fait ? Pourquoi le vin ?

C’est pas venu avec mes parents, car dans ma famille je suis la seule à apprécier le vin. Mes parents aiment bien boire du vin, mais ça ne les intéresse pas spécialement. Mon arrière grand-mère travaillait dans le vin, à une époque où le travail des femmes n’était pas forcément commun, en plus travailler dans l’alcool quand tu étais une femme à cette époque-là, ce n’était absolument pas bien vu. Mais il faut croire que ça a sauté quelques générations, car c’est le seul ancrage familial qu’on a dans les vins et spiritueux. Quand c’est arrivé à moi, c’est plus par intérêt personnel, quand j’ai commencé à déguster du vin, à trouver que c’était un breuvage qui était quand même un peu plus complexe, qui avaient des choses à raconter. Je m’y suis intéressée toute seule. C’est venu de dégustations en dégustations. En plus, j’ai fait mon école à Bordeaux, pour découvrir le vin c’est hyper intéressant de pouvoir prendre la voiture le week end et aller dans les vignobles.

Venons-en à Dalkia loves wine. Tu as commencé sur Instagram?

Ça a été un chemin assez tortueux. A la base, je n’étais pas du tout sur Instagram, même en perso. Quand j’ai fait mon job d’acheteuse dans la grande distribution, autant j’ai adoré l’univers, autant les méthodes employées en grande distribution ne sont pas forcément celles qui me parlent pour un produit du terroir. Acheter des chaussettes comme ça, il n’y a aucun souci, acheter du vin, j’avais du mal à m’y retrouver. Et négocier – parce que c’est ça le métier d’acheteur en grande distribution, c’est de la négociation – quand tu n’es pas convaincu par les valeurs de ton entreprise, c’est hyper compliqué. En trois mois, j’avais compris que ce n’était pas là où je m’épanouirai, mais qu’il fallait que je reste dans le vin. Il fallait que je trouve une manière de m’exprimer dans le vin tout de suite. J’ai regardé ce qui était possible de faire. J’ai vu les réseaux sociaux, je me suis dit “pourquoi pas”, mais mon dernier post Facebook devait dater de 2008. J’ai benchmarké les réseaux qui existaient, j’ai vu Instagram, je me suis dis “oh ça a l’air sympa”. J’ai regardé compte par compte comment est-ce que les gens s’exprimaient, qu’est-ce qu’ils postaient comme photos, quels étaient les contenus qui marchaient, ceux qui ne marchaient pas. Je ne me suis pas lancé au hasard, c’est ça aussi qui est important, c’est que je l’ai vraiment vu dès le début comme une fin en soit. Quand j’ai commencé à construire mon compte, je savais où est-ce que j’allais. J’ai créé Dalkia loves wine en mai 2018, et à l’époque il y avait un vrai trou dans la raquette au niveau de la communication digitale dans le vin. Je crois que c’est d’ailleurs encore un peu le cas. Moins depuis le confinement, car le digital a pris une place assez importante. A l’époque je me suis lancé sans savoir ce que ça deviendrait, mais c’était un vrai besoin. Petit à petit les gens se sont accrochés, se sont abonnés, ont posé des questions, j’ai rencontré d’autres personnes, qui m’ont permis de rencontrer d’autres personnes et la boule de neige a pris assez rapidement.

C’était quoi la première photo de Dalkia loves wine ?

Je me souviens, c’était une photo qui avait été prise par un ami à Bruxelles, devant un plateau d’huîtres, avec un vin, je ne sais plus lequel, qui n’était absolument pas bon. Mais j’aimais beaucoup cette photo parce que c’était le partage d’un moment hyper sympa, sur le marché de Bruxelles, et qui représentait quelque chose pour moi. Ca a été le fil directeur pour pas mal de photos que j’ai posté après. L’idée est plus de partager une expérience, un moment, que de dire “ce vin est bon, achetez-le” ou “ce vin n’est pas bon, ne vous en approchez pas”.

C’était quoi les conclusions de ton benchmark des différentes plateformes ? C’était quoi ta vision sur ça ? Tu avais la perspective d’avoir une petite entreprise ?

Je n’avais pas du tout cette perspective-là, je l’ai découverte au fur et à mesure. Je suis très mauvaise pour anticiper. Le fait de pouvoir faire d’Instagram un métier, pouvoir monétiser des blogs, c’est des choses que j’ai appris à faire au fur et à mesure des discussions que j’ai eues avec des gens qui étaient beaucoup plus avancés que moi sur ce secteur-là. Quand j’ai lancé mon compte, ça me permettait de cumuler plusieurs passions: celle pour le vin, celle pour la photo, celle pour l’écriture, et mon compte est en anglais, à l’époque je voulais reprendre l’anglais. J’ai tout mis dans un shaker, et c’est le compte Instagram qui est sorti. C’est vraiment ce que je conseille: au regard du temps que ça prend, les réseaux sociaux, il faut vraiment y trouver son compte, que ça ait un intérêt et que ça aille au-delà de “cool j’ai gagné 100 followers”.

Est-ce que tu peux nous parler des débuts ? Quels moments prends-tu en photo ?

Il faut réussir à avoir des photos qui soient de jolies photos. Se dire “je vais faire un apéro sympa et prendre une photo avec mon téléphone entre deux tranches de saucisson”, ça peut fonctionner, mais moi je faisais des séances de shooting dédiées. Quand je goûtais un vin qui me plaisait, je gardais la bouteille et après j’allais faire des tours dans Paris, dans des spots que j’aimais bien et je prenais le temps de faire la photo.

Est-ce que tu avais une idée de la fréquence à laquelle tu allais publier, de la manière dont ça se faisait ?

Quand j’ai commencé, je devais publier une fois tous les trois / quatre jours. J’étais en phase d’ajustement de mon feed pour trouver un style, donc j’avais pas trop de pression sur les fréquences de post. Instagram est un réseau pour lequel la régularité compte beaucoup. On entend de tout: qu’il faut poster tous les jours, que poster une fois par semaine suffit si on fait des stories… Je pense que toutes les techniques, je les ai faites. Notamment l’été 2018, j’avais beaucoup plus de temps, j’ai posté tous les jours, et ça avait plutôt bien marché. Mais ça demande énormément de temps. Il faut réussir à s’organiser en fonction de son calendrier. A l’époque, monter en compétence sur la photo c’était quelque chose qui m’intéressait. Prendre un temps dédié, même si c’était pour prendre en photo des bouteilles, ça m’intéressait et je me suis donné les moyens de faire ces séances de shooting.

Si on veut développer son compte instagram pour soi en tant que personnalité et être influenceur, versus pour une marque, ce n’est pas du tout les mêmes typologies de stratégie. Je pense que d’un point de vue qualité des visuels, on sera beaucoup plus exigeants envers une marque qu’envers une personne qui partage ses dégustations personnelles.

Tu prenais donc ce temps régulièrement. Tu faisais quoi, un shooting par semaine au début ?

C’était en général le weekend. J’ai commencé en mai, donc je n’avais pas à galérer à trouver un spot ou une lumière, Paris en été ça reste quand même facile de faire des photos assez sympas. Le plus compliqué, c’est qu’il y a une partie des photos sur mon feed sur lesquelles j’apparais. Il faut soit apprendre à se prendre en photo soi-même, soit demander à des amis ou à un Instagram boyfriend.

Et aujourd’hui, comment ça se passe pour toi au moment des shootings, pour prendre des photos ? Est-ce que ça a un peu évolué ?

Pas tant que ça. Je me suis équipée, j’ai des pieds, des télécommandes, mais je pense qu’un professionnel qui me voit faire me prend pour une amatrice. La particularité sur un réseau comme Instagram, et d’autant plus depuis que j’ai développé le blog, c’est qu’il faut être hyper polyvalent. Il faut savoir faire de la photo, de la vidéo, j’ai acheté un drone qu’il va falloir que j’apprenne à maîtriser, il faut que je fasse des montages photos, avec le blog il faut aussi que je fasse des articles, de la rédaction, de l’optimisation de positionnement… Ça demande tellement de casquettes que je m’autorise à ne pas être professionnelle dans le sens de la prestation de service sur tous. Je me vois plutôt comme un couteau-suisse qui est capable de bien faire tout, mais je ne serai jamais photographe professionnelle, de la même manière que je ne serai jamais master réalisation de SEO.

Tu parlais de pression. C’est quelque chose qui a évolué depuis le début, quand tu avais 100 abonnés, et aujourd’hui, où tu en as 16 000 ?

Ce qu’il faut avoir en tête, ce sont les mesures dans le vin: le vin, comme on parlait au début, est un secteur qui est plutôt en retard en communication digitale. Quand je m’y suis mise en mai 2018, il n’y avait pas d’influenceur dans le vin. C’est aussi pour ça que même en m’y mettant tard j’ai réussi à faire mon trou. Aujourd’hui, si tu prends par exemple le plus gros influenceur vin, Nicolas, il approche des 30 000 followers. Donc en France, le plus gros est à 30 000. Donc même en ayant un compte raisonnable, comme le mien à 16 000, tu fais parti des influenceurs qui pèsent dans l’influence vin. Là où par exemple sur le mascara, en dessous des 200 000, ça ne vaut pas le coup. Sur le vin, on s’adresse tellement à un public cible particulier, qu’il vaut mieux avoir une audience moindre mais qui soit à l’écoute du vin. Je pense que je me m’étais plus la pression quand je commençais, car j’avais vraiment envie de bien faire, il y avait plein de choses que je ne comprennais pas, ça me prenait des heures pour comprendre. Aujourd’hui, la plateforme je la connais très bien. L’enjeu pour moi est de réussir à jongler avec les impératifs de la plateforme qui rajoute des fonctionnalités, qui change des choses, qui bouge son algorithme… Mais aujourd’hui, j’ai réussi à me détacher des “vanity metrix”, en me disant “Ok, aujourd’hui je vais faire un post parce que j’ai envie de partager sur tel vin. S’il plaît à ma communauté, tant mieux. S’il ne plaît pas, moi j’avais envie d’en parler.” Donc je trouve que c’est important d’en parler, ce n’est pas qu’une question de likes derrière.

Parfois tu fournis la même qualité de travail, la même qualité de photos et tu te rends compte que ton engagement est multiplié par deux, ou divisé par deux. Il y a pas mal de choses qui sont aléatoires, mais c’est ça qui fait qu’il y a beaucoup de gens qui arrêtent en cours de route. Il faut être capable de constance, même quand tu n’as pas envie, que ce n’est pas ta période, il faut continuer de poster un truc sympa et de donner au gens l’envie de continuer à te suivre.

Est-ce que tu as une histoire derrière une publication qui était hors du commun, ou une anecdote un peu marrante ?

Quand je poste des photos, elles signifient quelque chose pour moi. Soit parce que c’était un moment que j’ai partagé qui était unique, soit parce que le vin en soit était unique. Du coup il y a plein de photos derrière lesquelles il y a des anecdotes. Ce qui est le plus drôle, ce sont les photos que je ne poste pas. Il y en a une notamment à laquelle je pense, où il y avait une vue plongeante à Gigondas qui était magnifique, du coup je m’assois sur une souche et une amie me prend en photo à ce moment-là. La souche venait d’être coupée, elle était donc pleine de sève et j’ai toujours pas réussi à rattraper mon short! Mais c’était drôle sur le coup.

La collaboration avec les marques, je suppose que c’est quelque chose à laquelle tu te prêtes pour découvrir des vins, les mettre en valeur ? Comment ça se passe et comment ça fonctionne derrière tout ça ?

J’ai une analogie qui est assez parlante. Il faut voir les influenceurs comme des media, dans le sens journal. Prenons un panel d’influenceurs. Je parlais de Nicolas tout à l’heure, donc on va le prendre comme exemple – son compte c’est @sipmygrape, qui est le plus gros – et moi. On va dire que vous être que vous êtes dans un kiosque à journaux où il y a deux types de journaux. Vous allez choisir le type de journal qui vous intéresse, vous allez vous abonner ou pas au journal; une fois que vous avez ouvert le journal vous allez trouver des articles et vous allez voir aussi des publi-communiqués. Les deux sont alternés et c’est ça qui fait aussi la crédibilité du journal. Si ce n’est que des pages de pub ça n’intéresserait personne. Ca jongle entre les deux, de la même manière qu’il y a plein d’autres journaux sur des segments différents, peut-être qu’ils ne vont pas du tout vous intéresser, mais le fait est qu’ils existent. C’est pas qu’ils sont nuls, c’est juste qu’ils ne vous correspondent pas. Si jamais il y a un compte qui par exemple ne parle que de vins anglais, ça ne veut pas dire que c’est un compte tout pourri, ça veut dire que vous n’êtes pas dans la cible de ce midi-là. Si on parle de publi-communiqués, il y a plusieurs typologies de partenariats avec les marques que tu peux faire. Soit, ce qu’on appelle dans le jargon influenceur, du placement de produit, où tu reçois un vin et tu en parles. Mais dans le vin, je trouve que c’est compliqué. Un mascara tu peux le tester, il va faire mascara. Un vin, tu ne peux pas savoir avant s’il va te plaire ou pas. Ca existe, mais personnellement ce n’est pas quelque chose avec laquelle j’ai beaucoup d’affinités. Par contre tu peux aussi faire des collaborations qui sont plus larges. Par exemple, une appellation qui veut que tu parles d’elle, mais qui va te laisser le champ libre sur l’angle d’attaque que tu vas choisir. Vous vous mettez d’accord sur quels vont être les grands axes de communication, de quoi vous allez parler, mais ensuite tu es libre de faire la création de contenus que tu veux. Ce sont de vrai partenariats, tu es utilisé en tant que media.

Ton travail, c’est à la fois de proposer les contenus que tu aimerais, les créer, et ensuite d’aller les publier sur ton compte ?

C’est ça. Il y a certains contenus pour lesquels tu n’as pas besoin d’aller dans le vignoble. Par exemple les cuvées de l’hospice de Beaune, les étiquettes sont tellement caractéristiques, que tu n’as pas besoin d’être à Beaune pour en parler. Ça dépend aussi de ce qui est souhaité par la marque. Comme ils sont débutants dans le digital, ils ne savent pas non plus à quel degré de précision ils peuvent aller dans le brief. Il y a en a: “main libre! Faites ce que vous voulez, je veux juste que vous parliez de moi, sous l’angle que vous voulez. De toute façon je vous ai choisi, je sais à peu près à quoi m’attendre et je sais que ça me plaira. Débrouillez vous.” Il y en a qui vont avoir des briefs ultra précis: il faut mettre ça, utiliser tel mot et pas tel mot. En général c’est quand on passe par des agences qui ont l’habitude de traiter des relations influences avec des marques beaucoup plus grosses que les marques de vin.

Si je suis une marque, comment est-ce qu’il faut faire pour faire les choses aux mieux dans ma relation avec une influenceuse comme toi ?

Je pense qu’il y a deux manières d’aborder l’influenceur. Soit, tu le vois vraiment comme un media et tu as envie d’être vu sur son compte, dans ce cas tu vas lui demander une prestation. Ça va être une relation entre collaborateurs. Soit, juste tu trouves que le ton est sympa, tu apprends des choses, et même en étant une marque, tu peux bien t’entendre avec un influenceur, sans forcément chercher à faire un placement de produit. Les deux approches sont différentes dans le sens où quand tu as un brief ou une attente précise, eh bien il faut mettre le budget avec. C’est pour ça que je reçois assez souvent des vignerons qui m’envoient des messages “bonjour, est-ce que je peux vous envoyer une bouteille”, je leur dis systématiquement: “si vous m’envoyez une bouteille pour que je la découvre, avec grand plaisir”, entre passionnés de vin, on a toujours envie de découvrir de nouvelles choses, “par contre, si vous m’envoyer une bouteille pour que je la mette en photo dans mon feed, je ne m’engagerai pas là-dessus, parce que peut-être que votre vin ne va même pas me plaire, peut-être que j’ai plein d’autres bouteilles dont j’ai envie de parler avant.” Il y en a je mets cinq mois avant de les déguster, donc il ne vaut mieux pas que les gens s’attendent à des choses en contre-partie. Si l’objectif est clair pour la marque il faut qu’il y ait un budget associé. Ou alors c’est juste « j’ai envie que vous passiez un bon moment avec mon vin, si ça vous plaît vous postez, si ça ne vous plaît pas vous ne postez pas”.

Effectivement, je pense que pas mal de personnes n’imaginent pas qu’il faille attribuer un budget pour ce genre d’opération, justement parce qu’ils n’ont ni l’analogie média, ni la vision du travail que ça représente.

Il y a un biais aussi. L’image du média n’est pas innocente. Les marques de vin ont aussi l’habitude de travailler avec des journalistes vin, et pour les journalistes vin, tu reçois une bouteille, un communiqué de presse, et tu fais tes articles en fonction, parce qu’ils sont payés par le journal, ou parce qu’ils sont freelance et sont payés à l’article, mais en tous cas ils monnaitisent à un moment. Nous, si jamais on reçoit une bouteille, il n’y a pas de différence. On peut très bien acheter du vin par nous même et découvrir ce que nous on a envie de découvrir. Comme les journalistes ont ce mode de fonctionnement, ils se disent en général que les influenceurs ça va être la même chose, et qu’à partir du moment où ils envoient une bouteille, il y aura un article associé qui va sortir. Ce qui est marrant, c’est qu’il y a pas mal de marques qui passent par des agences de communication. Il y a des agences de communication, comme Pain Vin et Compagnie, par exemple, qui sont dédiées au vin et ce sont des incontournables dans le monde, et elles ont compris l’importance du digital dans la communication de leurs clients, elles arrivent à leur faire passer le message. Et souvent, c’est ça que je trouve drôle, les clients sont capables de payer pour une prestation digitale auprès de l’agence, mais que ça ne descend pas jusque l’influenceur, alors que l’influenceur fait partie du package de communication média qui a été vendu. Donc il y a encore ce petit biais du “à partir du moment où il a une bouteille, il devrait être content.”

Quels conseils donnerais-tu à un passionné qui nous écouterait et qui se dit “mais moi aussi j’adore le vin, et j’aimerai trop partager un peu sur Instagram, mais je ne sais pas trop comment m’y prendre” ?

La grosse différence c’est le temps que tu vas y passer. Cette personne, appelons la Jacques, si il veut devenir influenceur, c’est énormément de temps que tu vas donner à la plateforme et de temps que la plateforme va te rendre. Quand j’ai créé mon compte, une des choses auxquelles je me suis attachée, c’est de ne pas rester dans le digital et à faire en sorte que les gens que je rencontrais sur le réseau, je les rencontre dans la vraie vie. C’est ça qui a aidé aussi à construire le réseau, à faire qu’aujourd’hui dans mes amis et ma famille il n’y a pas beaucoup de personnes qui aiment le vin, mais par contre dans mon réseau Instagram on est capables de se faire des soirées dégustation. Et c’est grâce à ce réseau-là que je les ai rencontrés. C’est basique, si tu passes huit heures par jour sur Instagram, les gens vont te voir. S’ils te voient, ils vont interagir avec toi, te répondre, parler de toi, et c’est la boule de neige qui va se lancer. Si jamais Jacques n’est qu’un passionné et qu’il veut juste partager ce qui lui fait plaisir, il reste sur un niveau amateur et il fera ce qu’il lui plaît. Mais s’il a des objectifs plus ambitieux, il faut se donner les moyens de ses objectifs. J’ai beaucoup de gens qui disent “c’est facile, il suffit de poster”. Oui, mais il faut poster régulièrement, il faut poster des contenus de qualité, que tu sois réceptif à ton audience, que tu répondes à chacun. Tout le monde serait influenceur si jamais c’était aussi facile. La bonne nouvelle, c’est que si moi je peux le faire, tout le monde peut le faire. Je n’avais pas de compte Instagram perso avant. J’ai découvert la plateforme vraiment pour ça. Il faut être rigoureux.

Tu disais que tu avais rencontré beaucoup d’abonnés. Ils t’envoyaient simplement un DM “on se rencontre” ? Comment ça se passait ?

C’est plus progressif que ça. Ça passe par des interactions, d’abord sur les publications. Tu commentes un premier vin “ah tu l’as bu en mangeant quoi ?”, etc. Et puis il y a des gens avec qui tu as des affinités, des goûts similaires, tu apprends des choses, donc tu commences à passer sur la partie messages privés où tu discutes. Le premier que j’ai rencontré c’est Laurent, @les_vins_du_capitaine, qui est spécialiste dans le chablis. On a beaucoup discuté, mais le vin ça se déguste, il faut le boire. On s’est rencontré dans un restaurant, le courant a super bien passé et de fil en aiguille on a rencontré Olivier de @ermitage78, Andee de @andee_a_table, et maintenant on est beaucoup à se connaître, on fait un petit réseau de passionnés de vin qui sont toujours disponibles pour une dégustation sympathique.

Quelles sont tes ambitions sur @dalkia_loves_wine ou sur les autres projets que tu nourris en ce moment ?

La particularité d’Instagram c’est que c’est une plateforme dont tu n’es pas propriétaire. Si demain Instagram ferme, tu te retrouves avec rien. C’est une des choses qui a motivé la création du blog. De plus, sur le blog j’écris en français, donc je peux aller beaucoup plus loin dans mes réflexions, je ne suis plus limitée par la langue, et je peux aborder des sujets qui sont beaucoup plus de fond. Le blog, c’est quelque chose auquel je tiens beaucoup. Je m’éclate beaucoup plus sur la partie rédactionnelle du blog que sur Instagram qui est beaucoup sur l’image. J’aimerai bien développer cette partie-là, le blog. Sauf que d’avoir les deux en parallèle, l’Instagram et le blog, ça demande beaucoup de choses. J’ai des projets aussi sur Pinterest. C’est difficile d’être sur tous les fronts. Je pense que cette année, la chose à laquelle il va falloir vraiment que je pense, c’est d’essayer de me structurer, de m’organiser, pour pouvoir déléguer et continuer à grandir. Typiquement, je ne fais pas de prospection commerciale, je n’écris pas aux châteaux, mais ça pourrait être fait à terme, c’est juste que je n’ai pas le temps pour le moment de faire ce genre de choses. Je pense qu’en 2021 je vais commencer à m’organiser, peut-être avoir un stagiaire. Mais c’est super difficile de déléguer la création de contenu. Surtout quand tu es influenceur, c’est ta patte, c’est ton style de photos, ta manière d’écrire, donc ce n’est pas facile. Je n’ai pas encore trouvé de manière de m’organiser, mais je pense que je vais être obligée d’y passer si je veux continuer à grandir.

Je te parlais aussi d’essayer de m’étendre sur Pinterest. Typiquement, je n’ai aucune affinité avec ce réseau, je ne comprends pas. Mais j’ai réussi à trouver quelqu’un qui comprend un peu mieux le réseau, et là je n’ai aucun souci à déléguer, parce que de toute façon je ne comprends rien de ce qu’elle fait. Il y a vraiment une complémentarité.

Pourquoi as- tu envie de te lancer sur ce réseau ?

Parce que mon objectif à terme est de me concentrer plutôt sur le blog. Ce qui fait qu’un blog se monétise, c’est son trafic et sa fréquentation. Pinterest est une des sources de fréquentation qui peut alimenter le blog.

Est-ce que tu as une expérience un peu marrante de tout ce parcours sur Instagram à raconter ? Une anecdote un peu drôle ou un truc un peu fou qu’on t’a demandé ?

Comme les gens sont assez prudents dans la communication sur le vin, en général je n’ai pas de briefs complètement fous. Soit j’ai des briefs où ils me laissent faire ce que je veux, soit j’ai des briefs écrits à la virgule près. Je pense plutôt à des comiques de situation. par exemple, j’étais mandatée par une appellation pour aller voir un vigneron, pour parler de son vin. Adorable, il m’accueille, il me montre ses installations, il me parle ses vins, et au bout d’un moment il me pose la question “mais du coup, c’est quoi votre truc de digital ? Parce que je ne comprends pas très bien le lien entre l’ordinateur et le doigt, parce qu’il était encore resté sur le digital comme l’empreinte digitale.” Donc j’ai dû lui expliquer: j’ai appris des choses, il a appris des choses.

Ça va faire trois ans que tu es sur Instagram. Est-ce qu’il y a un moment où tu t’es dit “là je commence à peser, je commence à entrer dans quelque chose de très pro” ?

Je l’ai eu dès le début en fait, parce que je voulais faire un truc pro et carré. Je n’avais pas conscience que c’était un métier et que c’était générateur d’argent. Mais dès le début que voulais faire quelque chose qui soit pro. Il se trouve que quand ça a commencé à parler de monétisation potentielle, j’avais déjà la structure et l’organisation pour pouvoir dire “je sais où je vais, je sais l’organisation de mon feed et où je peux construire mes prestations.”
D’ailleurs, ce n’est pas ma première entreprise. Après l’école d’ingénieur j’avais adoré travailler la terre, mais j’avais quand même besoin d’un petit renfort marketing / commercial, donc j’ai fait un an en école de commerce. Juste après j’ai du commencer à chercher un emploi pendant six mois, et comme je suis très impatiente de nature, je n’ai pas réussi à attendre pendant six mois qu’il y ait quelque chose qui me tombe dessus, donc j’avais créé une structure déjà à l’époque. Rien à voir avec le vin, mais ça m’avait permis de mettre la main à la patte administrative.

Sur Instagram, j’ai eu la chance de trouver assez vite des personnes prêtes à payer pour des prestations, là où je ne savais pas encore qu’on pouvait payer ces prestations-là. Mais c’est là aussi que j’ai compris que c’était un vrai métier.

Sur ces trois ans, si tu avais eu l’occasion de faire quelque chose différemment, qu’est-ce que ce serait ?

Autant j’ai réussi à structurer ma manière d’aborder le compte assez vite, autant ma gestion du temps je n’ai pas réussi à la structurer dès le début. C’est-à-dire que je passais beaucoup de temps sur le réseau social, mais parfois au dépend du temps que je passais avec mes amis ou avec mon conjoint. Ça demande une certaine organisation de pouvoir se dire “si je veux pouvoir profiter de ce weekend avec mes amis, il faut que j’ai déjà préparé mes stories en amont, pour prendre trois minutes pour les poster à telle heure, mais que le reste du temps je profite des gens avec qui je suis.” C’est la chose que j’ai trouvée la plus difficile à faire. En plus le réseau répondait très bien, tu as vite fait de te laisser entraîner par Instagram. C’est d’ailleurs ce qui fait la caractéristique du réseau.

Est-ce que tu as les notifications d’Instagram activées sur ton téléphone, ou as-tu coupé les notifications ?

Alors je pense que si je m’étais les notifications, mon téléphone clignoterait tout le temps. On parle d’Instagram, mais niveau réseaux sociaux il y en a un autre qui est assez fort chez moi, c’est LinkedIn. Si tu cumules LinkedIn + Instagram + Whatsapp + les mails, c’était une guirlande de téléphone. Mon téléphone passe la journée en silencieux, sinon il vibre tout le temps.

On ne se rend pas compte à quel point c’est un travail de faire ça, ça prend du temps, c’est prenant, c’est toujours de l’activité.

D’autant que toute la partie messages privés n’est pas visible. J’ai mis beaucoup l’action dessus, on ne voit pas le temps que ça prend. Mais c’est un temps que je donne avec plaisir parce que ce sont des échanges qui sont hyper intéressants à chaque fois.

La loi Evin est une loi qui encadre la réglementation sur les vins et spiritueux, qui limite la publicité sur le vin. Par exemple, je n’ai pas le droit d’afficher dans le métro « achetez ce vin”. Par contre, il me semble qu’il y a une subtilité, et j’ai le droit de parler, par exemple, du vin de Bordeaux ou de la Loire, ou d’une appellation en particulier, en parlant du savoir-faire et du produit en tant que tel, mais sans inciter à la consommation ou à l’achat. Comment est-ce que tu arrives à te positionner par rapport à ça ?

C’est l’amendement Touraine qui permet de parler du produit mais selon ses caractéristiques intrinsèques, mais tu ne vas pas émettre de jugement de valeur, tu ne vas pas dire “c’est bon / c’est pas bon”, tu vas dire “il est fait de telle manière, il a tels arômes, le terroir est comme ça”. Tu ne vas pas inciter à la consommation, tu vas juste décrire un état de fait. Ça c’est autorisé. A la limite, ce n’est pas le plus compliqué, car ce sont des détails de texte. Le plus compliqué est de respecter la loi Evin sur les photos. Par exemple, si tu prends une bouteille en photo, il faut qu’elle soit fermée. Si tu montres une personne, il ne faut pas qu’elle ait l’air joyeux. Il faut qu’elle tire la gueule, parce que le vin ne rend pas joyeux. Il faut qu’elle ait des marques visibles de statut professionnel affilié au vin. Donc tu as ton petit batch de sommelier, tu tires la gueule et ta bouteille est fermée devant toi. Là, tu peux avoir une photo. C’est très contraignant. Dans mon cas, j’ai une communauté qui n’est pas majoritairement française, parce que j’écris en anglais, je ne m’adresse pas à la France, donc c’est vrai que ça m’aide pas mal pour la loi Evin. Mais pour les marques qui veulent se lancer et qui en plus ont le statut de marque, elles sont obligées de passer par là.

Donc concrètement je ne peux pas me prendre en photo avec une bouteille de vin ?

Ça va dépendre de ton audience. Aussi, c’est une loi qui bouge. Je n’ai pas fini de lire les dix pages de texte juridique, mais il semblerait qu’en décembre il y ait un concours qui était organisé. Faire gagner de l’alcool c’est complètement anti loi Evin, parce que c’est de l’incitation complète. Mais il semblerait que ce soit passé dans ce contexte-là. Tu vois, il y a beaucoup d’interprétations possibles sur la loi Evin, elle n’est pas complètement rigide.

C’est marrant, je me suis posé la question cette semaine. On enregistre ce podcast au mois de janvier. Qui dit janvier de nos jours, dit “dry January”, qui est donc un mois qu’on consacre à l’abstinence à minima alcool. Ça pose la question de la consommation d’alcool. Quand tu regardes les discours, les gens disent “j’aimerai consommer moins pendant le dry January”. C’est toujours du “moins” relatif à une consommation actuelle. C’est pas du raisonné sur “je me connais, je connais mes limites, je sais ce que je peux boire, ce que je ne peux pas boire”. On a une norme globale à deux verres par jour je crois – ce que je trouve déjà pas mal-, mais il y a des gens, au bout d’un demi verre, vont déjà sentir les effets de l’alcool, là où il y en a, une bouteille après, leur fait l’effet d’un shot de Coca. Le principal est de se connaître soi-même, de connaître ses limites et savoir se faire plaisir.

Il me reste trois questions traditionnelles à te poser. La première, est-ce que tu as un livre à me recommander sur le vin ?

Sur le vin, l’essentiel de mes connaissances je ne les tiens pas des livres, mais d’internet et des réseaux. Tu peux trouver l’information qui t’intéresse de manière parfois hyper pointue, sous condition de faire la part des choses entre le juste et l’approximatif. Donc pour moi le meilleur livre de chevet est un ordinateur, même sur le vin.

Tu as des sources en particulier à recommander ?

En général je ne me contente pas d’une seule source. Comme je te le disais, la fiabilité des informations sur internet n’est pas garantie, donc je vérifie toujours de plusieurs sources.

Est-ce que tu as une dégustation coup de cœur récente ?

Il y a un mois et demi de ça j’ai dégusté une cuvée d’un domaine un peu iconique de Bourgogne, du genre dont on rêve tous. Donc oui, clairement. Ce qui est drôle, c’est que c’était une dégustation à l’aveugle, donc je ne savais pas ce que c’était. Je n’avais jamais goûté de DRC avant, et quand je l’ai bu c’est tout de suite ça qui m’est venu à l’esprit. Je savais également que l’ami qui me l’avait proposé en a quelques unes donc ça a peut être influé sur le choix, mais au regard de la cave à vin qu’il a, ça aurait pu être énormément de choses. Mais c’est juste une expérience incroyable, il y a quelque chose qui se passe tant dans le nez qu’en bouche, wahou! Ca mérite clairement sa réputation.

Qui est-ce que je devrai interviewer dans les prochains épisodes de ce podcast ?

Je pense que ce qui serait intéressant serait de faire intervenir deux maisons. La première qui est assise sur un trésor et qui sait le valoriser de manière juste et précise. C’est la maison Guigal. Avec Eve, Philippe, ou Jacques, je pense que tu auras des échanges hyper passionnants. Et de l’autre côté, pour aller sur l’exact opposé, une maison hyper jeune, hyper dynamique et qui ne fait rien comme tout le monde, la Winerie Parisienne. Avec un des gérants, Julien ou Adrien, pareil je pense que tu auras un podcast comme tu n’en as pas eu avant.

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